Soixante-huit ans après le chef-d'œuvre de science-fiction de Jack Arnold, Jan Kounen propose une nouvelle adaptation de L'Homme qui rétrécit, avec Jean Dujardin et Marie-Josée Croze. Sorti en salles le 22 octobre 2025, ce remake tente de moderniser le classique de 1957, mais parvient-il à égaler son prédécesseur ? Cet article compare les deux films point par point, en analysant leur scénario, leurs effets spéciaux, leur message philosophique et leur impact culturel.
Une introduction aux univers contrastés
Le film de Jack Arnold, sorti en 1957, est une pierre angulaire de la science-fiction hollywoodienne. Il s'ouvre sur une scène intimiste : un couple, Scott Carey (Grant Williams) et sa femme, profite d'une journée en mer. Cette simplicité narrative pose les bases d'une histoire ancrée dans le quotidien, avant que l'extraordinaire ne surgisse. En revanche, Jan Kounen opte pour une ouverture grandiose dans son remake de 2025. Jean Dujardin, incarnant Paul, affronte un tourbillon marin sous un ciel étoilé, accompagné d'une voix off méditative évoquant "la force de l'univers". Cette approche cosmique distingue immédiatement le remake, mais reflète-t-elle une ambition plus profonde ou une simple divergence stylistique ?
Un scénario fidèle, mais des nuances marquées
Les deux films s'inspirent du roman de Richard Matheson, publié en 1956. Ils suivent l'histoire d'un homme, contaminé par une substance mystérieuse, qui rétrécit progressivement jusqu'à devenir presque invisible. Chez Arnold, Scott Carey mène une vie modeste dans une maison pavillonnaire des années 1950. Chez Kounen, Paul vit dans une villa moderne avec vue sur la mer, père d'une fillette et mari dévoué, surjouant parfois le bonheur familial.
Dans les deux versions, le protagoniste s'isole à mesure que son corps diminue. Chez Arnold, Scott interagit avec le monde extérieur : il parle à la presse, rencontre une naine dans une foire, et espère un traitement. Ces éléments ancrent le film dans une réalité sociale. Kounen, lui, enferme davantage Paul dans son introspection, ajoutant des scènes inédites, comme une séquence dans un bocal à poisson rouge ou dans les rainures d'une table, pour accentuer le sentiment d'isolement.
| Aspect | Version de 1957 (Jack Arnold) | Version de 2025 (Jan Kounen) |
|---|---|---|
| Protagoniste | Scott Carey (Grant Williams) | Paul (Jean Dujardin) |
| Décor | Maison pavillonnaire vintage | Villa moderne avec vue sur la mer |
| Interactions sociales | Presse, foire, rencontre avec une naine | Introspection, scènes isolées |
| Scènes clés | Attaque de chat, araignée dans la cave | Bocal à poisson, rainures de table, araignée |
Effets spéciaux, un gouffre technologique
Avec un budget de 21 millions d'euros, le remake de Kounen bénéficie d'effets spéciaux modernes, bien plus sophistiqués que ceux de 1957. Les jeux d'échelle, les scènes d'action (comme l'attaque du chat ou la lutte contre une araignée) et les environnements microscopiques sont visuellement impressionnants. Les textures et les détails, comme les rainures d'une table ou l'intérieur d'un bocal, amplifient l'immersion. En comparaison, les effets d'Arnold, bien que révolutionnaires pour l'époque, paraissent datés. Les trucages optiques et les décors miniatures, bien qu'ingénieux, ne rivalisent pas avec la fluidité du numérique.
Cependant, cette perfection visuelle dans le remake donne parfois une impression de froideur. L'esthétique léchée de Kounen contraste avec le charme brut et artisanal du film original, qui transmet une authenticité émotionnelle malgré ses limitations techniques.
Un message philosophique divergent
Le film de 1957 porte un message existentialiste puissant. À la fin, Scott Carey, réduit à une taille infinitésimale, embrasse l'idée que l'univers a un sens, même pour les plus petits êtres. Sa voix off proclame : "J'ai compris le mystère de l'infini. Toute cette vaste et majestueuse création devait avoir un sens." Ce discours reflète une critique des excès humains, notamment l'usage des pesticides et des radiations nucléaires, causes explicites de son rétrécissement.
Chez Kounen, le ton est plus nihiliste. La voix off de Jean Dujardin, rauque et sentencieuse, répète des maximes comme : "Il suffit de regarder le ciel pour se sentir tout petit, on est infime et on appelle ça une vie." Le film insiste sur l'insignifiance humaine dans un monde individualiste, sans offrir d'espoir ni de réflexion profonde. Cette approche, bien que moderne, manque de la subtilité du message d'Arnold, qui combinait critique sociale et quête de sens.
| Thème | Version de 1957 | Version de 2025 |
|---|---|---|
| Cause du rétrécissement | Insecticides et radiations nucléaires | Contamination cosmique |
| Message | Existentialiste, espoir dans l'infini | Nihiliste, insignifiance humaine |
| Ton de la voix off | Réflexif, philosophique | Sentencieux, moralisateur |
Le casting, Jean Dujardin face à Grant Williams
Jean Dujardin apporte une intensité dramatique à Paul, mais sa performance est parfois éclipsée par une voix off envahissante, qui alourdit le récit. Grant Williams, dans le film de 1957, offre une interprétation plus nuancée, passant de la confiance à la vulnérabilité avec une économie de moyens. Marie-Josée Croze, dans le rôle de l'épouse dans le remake, ajoute une touche contemporaine, mais son personnage reste sous-développé par rapport à celui de Louise dans la version originale.
Impact culturel et réception
Le film de Jack Arnold est un jalon de la science-fiction, influençant des générations de cinéastes par son mélange de suspense, d'horreur et de réflexion philosophique. Sa simplicité narrative et ses effets visuels, bien que modestes, ont marqué les esprits. Le remake de Kounen, malgré ses ambitions visuelles, risque de ne pas laisser une empreinte aussi durable. Son approche moralisatrice et son manque de profondeur politique le rendent moins percutant dans un contexte où les spectateurs attendent des récits engagés.
Le remake de L'Homme qui rétrécit par Jan Kounen offre une expérience visuelle moderne, portée par des effets spéciaux aboutis et un casting de premier plan. Cependant, il peine à capturer l'essence philosophique et l'impact émotionnel du classique de Jack Arnold. Si vous cherchez une réflexion sur l'humanité et ses excès, le film de 1957 reste indétrônable. Pour une expérience visuelle spectaculaire, le remake de 2025 mérite le détour, mais il ne marquera pas l'histoire du cinéma comme son prédécesseur.
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