Après onze semaines de pause estivale, le Parlement français rouvre ses portes dans un climat politique incertain, marqué par l’absence de gouvernement pleinement constitué. Cette rentrée parlementaire s’annonce décisive, avec en toile de fond le retour du Rassemblement national (RN) dans les instances dirigeantes de l’Assemblée nationale, mais aussi une recomposition fragile des équilibres politiques.
Un contexte politique sous tension
L’Assemblée nationale reprend ses travaux les 1er et 2 octobre 2025. Les parlementaires devront renouveler les 21 membres du Bureau, organe central de gouvernance de l’Assemblée, présidé par Yaël Braun-Pivet (Renaissance). La répartition de ces postes-clés — questeurs, vice-présidents et secrétaires — constitue un enjeu stratégique majeur.
En parallèle, les présidences des commissions permanentes, notamment celle des Finances, historiquement attribuée à l’opposition, sont remises en jeu. Ces fonctions influencent directement la capacité des groupes parlementaires à peser dans le débat national.
Le retour du Rassemblement national dans les instances
L’année dernière, le RN avait été tenu à l’écart grâce à une stratégie de blocage commune entre Renaissance et Les Républicains. Mais cette fois-ci, la présidente de l’Assemblée a choisi une répartition proportionnelle, permettant au RN de retrouver deux vice-présidences. Sébastien Chenu et Hélène Laporte sont pressentis pour occuper à nouveau ces fonctions.
Ce retour modifie profondément l’équilibre de l’hémicycle. Alors que la gauche détenait jusque-là une majorité permettant d’orienter certaines décisions disciplinaires, elle perd désormais son influence au profit d’une alliance circonstancielle entre la majorité présidentielle et le RN.
Tableau récapitulatif de la répartition probable des postes du Bureau
| Groupe parlementaire | Postes estimés | Personnalités pressenties |
|---|---|---|
| Renaissance / Coalition gouvernementale | 2 vice-présidences | Naïma Moutchou, candidat MoDem |
| Rassemblement national | 2 vice-présidences | Sébastien Chenu, Hélène Laporte |
| La France insoumise | 2 vice-présidences | Clémence Guetté, Nadège Abomangoli |
| Écologistes | 1 poste contesté | Jérémie Iordanoff (en danger) |
Un test pour l’alliance fragile entre macronistes et LR
L’alliance entre Renaissance et Les Républicains (LR) s’érode, malgré un intérêt commun à exclure le RN des leviers de pouvoir. Les discussions en coulisses visent toujours à constituer un gouvernement d’union, autour du Premier ministre Sébastien Lecornu, nommé le 9 septembre 2025.
Cette alliance pragmatique se heurte toutefois à la défiance persistante de la gauche, qui refuse catégoriquement d’intégrer le RN dans la gouvernance parlementaire. La rentrée 2025 constitue donc un véritable test pour la solidité de ce front politique.
Les commissions parlementaires, des équilibres stratégiques
Au-delà du Bureau, les commissions permanentes constituent un autre champ de bataille. La commission des Finances, pivot du contrôle parlementaire sur le budget de l’État, attire particulièrement les convoitises. Depuis 2007, elle revient traditionnellement à l’opposition, mais son attribution dépendra cette année encore de négociations serrées.
Le bloc gouvernemental entend également récupérer les présidences des commissions des Affaires économiques et culturelles, arrachées par la gauche en 2024. Ces arbitrages illustrent la lutte d’influence autour de la production législative.
Un calendrier législatif chargé à l’horizon
Dès le 6 octobre, l’Assemblée reprendra ses travaux législatifs. Sébastien Lecornu devrait prononcer sa déclaration de politique générale, un exercice crucial qui sera immédiatement suivi de motions de censure déposées par La France insoumise et, potentiellement, par le Parti socialiste.
Les premiers textes examinés incluront le projet de loi sur la résilience et la cybersécurité, ainsi que des propositions relatives à l’agrivoltaïsme et à l’expérimentation « territoires zéro chômeur de longue durée ».
Le budget 2026, l’épreuve décisive
La véritable épreuve de cette session résidera dans l’examen du projet de loi de finances pour 2026, attendu à la mi-octobre. Avec une adoption prévue avant le 31 décembre, ce budget sera scruté de près par l’ensemble des forces politiques. Les débats budgétaires, traditionnellement intenses, risquent d’être exacerbés par les fragilités de la majorité et la pression constante de l’opposition.
En filigrane, ce rendez-vous budgétaire déterminera non seulement l’orientation économique du pays, mais aussi la stabilité du gouvernement naissant.
La rentrée 2025 du Parlement s’annonce comme un moment charnière de la vie politique française. Entre le retour du RN au Bureau de l’Assemblée, la fragilisation des alliances traditionnelles et l’examen imminent du budget 2026, l’hémicycle devient le théâtre d’un rapport de forces inédit. Les équilibres institutionnels se redessinent, et chaque vote comptera dans la consolidation — ou l’affaiblissement — du pouvoir exécutif.
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