L’affaire opposant Marie Portolano à son ancien collègue Pierre Ménès connaît un nouveau rebondissement judiciaire. Le 15 août dernier, l’ancienne journaliste de Canal+ a été mise en examen pour diffamation, à la suite d’une plainte déposée par Pierre Ménès. Cette procédure fait suite à la publication de son ouvrage « Je suis la femme du plateau », paru en mars 2024 aux éditions Stock.
Les origines de l’affaire, un livre qui fait polémique
Dans son livre, Marie Portolano évoque les difficultés rencontrées en tant que femme dans le milieu du journalisme sportif. Elle y décrit également des faits de violences sexistes et sexuelles dont elle dit avoir été victime. Bien que le nom de Pierre Ménès ne soit jamais explicitement mentionné, ce dernier estime être facilement identifiable dans certains passages.
Deux extraits en particulier sont jugés diffamatoires par l’ancien consultant du Canal Football Club. L’un fait référence à une séquence documentaire où l’agresseur présumé aurait reconnu un geste déplacé, l’autre mentionne des rumeurs de « droit de cuissage ». Ces passages ont conduit Pierre Ménès à déposer plainte le 11 juin 2024, déclenchant la mise en examen de la journaliste et de son éditeur, Manuel Carcassonne.
Les positions des différentes parties
Les avocats des deux camps défendent des positions diamétralement opposées :
| Partie | Arguments principaux |
|---|---|
| Éditions Stock & Marie Portolano | Ils estiment que le livre dénonce un système et non un individu en particulier. Pour eux, l’objectif n’était pas d’attaquer Pierre Ménès mais de sensibiliser sur le sexisme dans les médias. |
| Pierre Ménès & son avocat | Ils considèrent les propos comme directement diffamatoires, arguant que l’ancien chroniqueur est clairement identifiable et victime d’une atteinte grave à son honneur. |
Un contexte judiciaire déjà lourd pour Pierre Ménès
L’affaire survient dans un climat tendu pour Pierre Ménès, qui fait face à plusieurs procédures judiciaires depuis 2022. En avril 2023, il a été condamné pour agression sexuelle commise en 2018 sur une vendeuse, tout en étant relaxé pour deux autres affaires similaires. Par ailleurs, il reste sous le coup d’une enquête préliminaire pour des faits présumés de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles.
Interrogé par Le Parisien en décembre 2024, l’ancien chroniqueur déclarait avoir tout perdu avec cette histoire
et se disait fatigué de devoir se justifier en permanence
. Son avocat, Me Nicolas Rebbot, concède que son client a parfois eu des comportements déplacés, mais estime que les accusations portées par Marie Portolano relèvent d’une atteinte injustifiée à sa réputation.
Le combat féministe de Marie Portolano
Cette mise en examen s’inscrit dans la continuité du combat mené par Marie Portolano depuis plusieurs années pour dénoncer le sexisme dans le journalisme sportif. En 2021, son documentaire « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste » avait déjà provoqué un électrochoc en exposant les dérives structurelles du milieu.
Dans une interview accordée à L’Équipe en 2022, elle expliquait : Je ne voulais pas raconter un homme ou un agissement précis, mais mettre en lumière un système qui a permis certains comportements pendant des années.
Une déclaration qui souligne sa volonté de mener un combat collectif plutôt qu’une attaque personnelle.
Les enjeux judiciaires et médiatiques de l’affaire
Le dossier soulève plusieurs questions majeures :
- Sur le plan judiciaire : la décision du tribunal pourrait avoir un impact sur la frontière entre liberté d’expression et diffamation dans le cadre d’ouvrages témoignages.
- Sur le plan médiatique : l’affaire met en lumière les tensions persistantes autour de la parole des femmes journalistes et la manière dont leurs dénonciations sont accueillies.
- Sur le plan sociétal : elle interroge la manière dont le milieu sportif et les médias gèrent les accusations de sexisme et d’agressions sexuelles.
L’affaire Marie Portolano – Pierre Ménès dépasse largement le cadre d’un conflit personnel. Elle illustre les difficultés rencontrées par les femmes pour faire entendre leur voix dans un univers encore marqué par des comportements sexistes. En parallèle, elle interroge la place du témoignage dans l’espace public et ses limites juridiques.
Quoi qu’il advienne, cette procédure marquera une nouvelle étape dans le débat sur la responsabilité médiatique, la protection de la réputation et le droit des victimes à raconter leur histoire. L’issue de ce procès sera scrutée avec attention, tant par les professionnels des médias que par le grand public.
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