La parution du livre Miss France : du rêve à la réalité (éditions Vérone), signé par Hubert Guérin, ancien collaborateur de Geneviève de Fontenay, provoque une onde de choc. Témoignages accablants, démentis d’anciennes reines de beauté et réactions officielles relancent le débat sur les coulisses de ce concours emblématique. Faut-il parler d’un véritable « Me Too Miss France » ?
Un ouvrage qui secoue l’institution Miss France
Publié le 8 septembre, l’ouvrage d’Hubert Guérin, fort de 494 pages, prétend lever le voile sur des années de silences et de souffrances. L’ancien bras droit de Geneviève de Fontenay y compile des dizaines de témoignages recueillis auprès de soixante ex-candidates et Miss France. Entre 1990 et 2002, derrière les paillettes et les sourires, il évoque un univers marqué par la pression psychologique, le harcèlement et des violences sexuelles passées sous silence.
L’auteur affirme avoir constaté de ses propres yeux certaines dérives. Sur le plateau de l’émission Tout beau tout neuf (W9), il déclare avoir vu des photographes se livrer à des comportements sexuels explicites en coulisses lors d’élections régionales. Ces propos, particulièrement graves, soulèvent une indignation croissante.
Les coulisses du rêve, entre strass et cauchemars
Le concours Miss France est perçu comme un tremplin et un conte de fées pour des jeunes femmes venues de toutes les régions. Mais selon Guérin, cette image idéalisée dissimulerait une réalité bien plus sombre. Le contraste entre l’apparence publique et la souffrance privée constitue l’un des axes centraux de son livre.
Selon lui, certaines candidates auraient subi :
- des propositions sexuelles inappropriées de la part de membres de l’organisation,
- du harcèlement répété,
- des humiliations psychologiques,
- des comportements déplacés de photographes et bénévoles,
- une absence totale de mécanismes de protection pour les jeunes participantes.
Pour illustrer cette opposition entre rêve et réalité, voici un tableau comparatif :
| Image publique | Révélations du livre |
|---|---|
| Concours prestigieux et glamour | Témoignages de harcèlement et de dépression |
| Encadrement protecteur et bienveillant | Absence de suivi psychologique et abus dénoncés |
| Événement festif et populaire | Coulisses marquées par des comportements sexuels déplacés |
Camille Cerf et Sylvie Tellier, des démentis fermes
Si l’ouvrage d’Hubert Guérin a trouvé un écho médiatique considérable, il est également vivement critiqué. Certaines personnalités directement citées démentent catégoriquement avoir livré leur témoignage.
Camille Cerf, Miss France 2015, est l’une des premières à réagir. L’ex-reine de beauté affirme n’avoir jamais rencontré ni discuté avec l’auteur. Elle dénonce des propos inventés de toutes pièces et promet de ne pas laisser passer de telles accusations. Selon elle, l’Organisation Miss France l’a toujours protégée, tant durant son règne qu’au cours des années qui ont suivi.
De son côté, Sylvie Tellier, Miss France 2002 et directrice du concours de 2007 à 2022, exprime son incompréhension. Elle affirme n’avoir jamais été interviewée par Hubert Guérin et réfute avoir eu connaissance de cas de violences sexuelles durant ses quinze années de direction. Dans une story Instagram, elle déclare : « Je découvre cette affaire comme tout le monde ».
Réaction prudente de la société Miss France
L’Organisation Miss France, contactée après la parution du livre, adopte une position mesurée. Dans un communiqué, elle indique avoir pris connaissance des révélations et rappelle que toute forme de violence sexuelle, d’abus ou de harcèlement est inacceptable. Elle précise également que, si les faits étaient confirmés, elle exprimerait sa solidarité pleine et entière envers les victimes.
Cette réponse, jugée tiède par certains observateurs, illustre les difficultés pour une institution emblématique d’affronter de telles accusations sans ternir davantage son image publique.
Témoignages glaçants, quand la parole se libère
Si les démentis de figures connues affaiblissent la crédibilité du livre aux yeux de certains, d’autres témoignages semblent corroborer les propos de Guérin. Dans Le Parisien, Ludivine Langlois, ex-candidate à Miss Bourgogne en 2016, raconte avoir subi du harcèlement sexuel à seulement 19 ans. Elle dénonce notamment les SMS déplacés d’un bénévole du concours régional qui, selon elle, exerçait un pouvoir de favoritisme.
Miss Nièvre 2016 évoque également des avances insistantes, traduites par des messages crus comme « Tu es toujours vierge ? » ou « En tenue sexy, tu ne me laisses pas insensible lol ». Ces témoignages récents montrent que le problème ne se limite pas aux années 1990-2000 et soulèvent des interrogations sur la persistance de comportements abusifs dans certains concours régionaux.
Un mouvement Me Too version Miss France ?
La publication du livre et les prises de parole qui en découlent alimentent une question centrale : assiste-t-on à la naissance d’un « Me Too Miss France » ? Le mouvement international Me Too a encouragé des milliers de femmes à briser le silence face aux violences sexuelles. Les révélations autour du concours Miss France pourraient marquer une étape similaire en France, appliquée à un univers souvent idéalisé.
Certains observateurs estiment qu’il s’agit d’une opportunité pour libérer la parole des candidates et instaurer de nouvelles mesures de protection. D’autres, en revanche, craignent que l’ouvrage de Guérin, entaché de controverses et de contestations, brouille le message et freine le mouvement.
Quelles conséquences pour l’avenir du concours ?
Le concours Miss France traverse l’une des plus grandes tempêtes médiatiques de son histoire. La réputation d’un événement suivi par des millions de téléspectateurs est mise à l’épreuve. Plusieurs scénarios sont envisageables :
- Un renforcement drastique des procédures de contrôle et d’accompagnement psychologique des candidates,
- L’instauration d’un code de conduite strict pour les bénévoles, photographes et organisateurs régionaux,
- Un repositionnement du concours avec davantage de transparence,
- Ou, au contraire, une érosion de la popularité si les révélations persistent.
Au-delà du concours, ce scandale pourrait aussi avoir un impact sociétal en rappelant que les violences sexistes et sexuelles ne connaissent aucune frontière, pas même celle d’événements culturels majeurs.
L’affaire « Miss France » illustre une tension entre la volonté de dénoncer des abus et la nécessité de préserver une institution populaire. Quoi qu’il en soit, la publication du livre d’Hubert Guérin, ses détracteurs comme ses soutiens, et les témoignages récents dessinent une nouvelle ère pour le concours. Les années à venir diront si ce séisme débouchera sur un mouvement Me Too structuré ou sur un simple épisode médiatique.
Ce qui est certain, c’est que la parole des candidates mérite d’être entendue, protégée et respectée. Et que le rêve Miss France ne doit jamais se transformer en cauchemar.
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