Pierre Vial est mort à 97 ans, figure du théâtre et des Visiteurs

Pierre Vial est mort à 97 ans, figure du théâtre et des Visiteurs

Auteur : Julien Baudry

Date : 22 décembre 2025 à 19:02

Le comédien, acteur et metteur en scène Pierre Vial, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, est décédé samedi 20 décembre à Paris, à l’âge de 97 ans. Connu du grand public pour son rôle du mage Eusæbius-Ferdinand Eusèbe dans le film culte Les Visiteurs, il laisse derrière lui une carrière exceptionnelle, profondément ancrée dans l’histoire du théâtre public français et marquée par une exigence artistique rare.

L’annonce de sa disparition a été faite dimanche par son fils, Nicolas Vial, lui-même comédien, à l’Agence France-Presse. Pierre Vial est mort à la Fondation Rothschild, à Paris. Sa disparition marque la fin d’un parcours artistique dense, discret et exemplaire, à la croisée du théâtre institutionnel, de la transmission et d’un cinéma populaire devenu patrimonial.

 

Un visage familier du grand public grâce aux « Visiteurs »

 

 

Pour des millions de spectateurs, Pierre Vial restera indissociable du personnage d’Eusæbius-Ferdinand Eusèbe, l’enchanteur fantasque imaginé par Jean-Marie Poiré dans Les Visiteurs (1993). Dans cette comédie devenue un classique du cinéma français, il incarne le mage chargé de concocter une potion magique destinée à faire voyager dans le temps le comte Godefroy de Montmirail et son fidèle écuyer Jacquouille la Fripouille.

Sa prestation, à la fois burlesque et savamment dosée, participe pleinement à l’équilibre du film. Le personnage, dont la formule approximative et l’oubli d’un ingrédient essentiel déclenchent une série de péripéties, s’inscrit durablement dans l’imaginaire collectif. Par son phrasé, son autorité faussement solennelle et son sens du rythme, Pierre Vial donne au mage une épaisseur singulière, loin de la simple caricature.

Il reprend ce rôle dans Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2, sorti en 1998, confirmant l’attachement du public à ce personnage secondaire devenu emblématique. Cette notoriété tardive, acquise à plus de 60 ans, n’a jamais éclipsé, aux yeux de l’intéressé, l’essentiel : le théâtre.

 

Une filmographie choisie, au service de projets exigeants

 

 

Si Pierre Vial a toujours privilégié la scène, il n’a jamais totalement délaissé le cinéma. Sa filmographie, relativement resserrée, témoigne d’un goût affirmé pour les œuvres singulières et les collaborations artistiquement ambitieuses.

Il apparaît notamment dans La Diagonale du fou de Richard Dembo (1984), film récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger, ainsi que dans Les Turlupins (1980), réalisé par Bernard Revon. À chaque fois, il met son jeu précis et sa présence discrète au service du récit, sans jamais chercher l’exposition médiatique.

Cette approche mesurée du cinéma reflète une constante de sa carrière : Pierre Vial n’a jamais poursuivi la célébrité pour elle-même. Sa reconnaissance publique, il la considérait comme un prolongement, parfois inattendu, d’un travail avant tout ancré dans l’art dramatique.

 

La Comédie-Française, cœur battant d’une vie de théâtre

 

 

C’est sur les planches que Pierre Vial a construit l’essentiel de son œuvre. Entré à la Comédie-Française en mars 1989, il y déploie un art du jeu rigoureux, nourri par des décennies de pratique et de réflexion sur le texte et la mise en scène.

Il est nommé 512e sociétaire de l’institution le 1er janvier 2005, une reconnaissance majeure au sein de la Maison de Molière. Il y interprète de nombreux rôles du répertoire classique, notamment dans Lorenzaccio d’Alfred de Musset ou La Mère coupable de Beaumarchais.

Son jeu, souvent salué pour sa précision intellectuelle et sa profondeur, s’inscrit dans une tradition du théâtre de texte, exigeante et incarnée. Pierre Vial n’était pas un acteur de démonstration, mais un interprète de sens, attentif aux silences autant qu’aux mots.

 

Une fidélité artistique à Antoine Vitez

 

 

Le parcours de Pierre Vial est indissociable de celui d’Antoine Vitez, figure majeure du théâtre public français. Il accompagne le metteur en scène pendant plus de quinze années, participant à plusieurs de ses créations les plus marquantes dans les années 1980.

Sous la direction de Vitez, il interprète notamment Polonius dans Hamlet de Shakespeare, un rôle complexe qu’il aborde avec une sobriété et une intelligence dramaturgique remarquées. Il participe également à Le Soulier de satin de Paul Claudel, fresque monumentale dont il épouse pleinement les exigences poétiques et spirituelles.

Cette collaboration prolongée témoigne d’une communauté de pensée et d’une vision partagée du théâtre : un art populaire par son accessibilité, mais exigeant par son ambition intellectuelle et esthétique.

 

Un homme de transmission et de direction artistique

 

 

Au-delà de son activité de comédien, Pierre Vial a profondément marqué le théâtre français par son engagement dans la transmission et la direction d’institutions culturelles.

Il dirige la Comédie de Saint-Étienne de 1970 à 1975, contribuant activement à la décentralisation théâtrale et à l’implantation durable du théâtre public en région. Son action s’inscrit dans une conception du service public de la culture, attentive aux territoires et aux publics éloignés des grands centres.

Parallèlement, il enseigne au Conservatoire national d’art dramatique de 1975 à 1983, formant plusieurs générations de comédiens. À partir de 1998, il poursuit cette mission pédagogique au Théâtre national de Chaillot, où il transmet une conception exigeante du métier, fondée sur le travail du texte, l’écoute et la discipline collective.

 

Une trajectoire exemplaire, loin des projecteurs

 

 

Pierre Vial aura traversé près de huit décennies de vie théâtrale et cinématographique sans jamais renoncer à ses principes artistiques. Sa carrière, marquée par la constance et la fidélité, illustre une autre idée du succès : celle d’un accomplissement durable, reconnu par les pairs et inscrit dans le temps long.

Son décès suscite une vive émotion dans le monde du théâtre, où il était respecté pour son intégrité, sa culture et son engagement. Pour le grand public, son visage restera associé à une scène culte du cinéma français. Pour les professionnels, il demeure un passeur, un homme de troupe et de transmission.

À 97 ans, Pierre Vial s’éteint en laissant une œuvre multiple, cohérente et profondément humaine, qui continue de relier le théâtre d’exigence et la mémoire collective.

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