Après le succès retentissant de La Panthère des Neiges, le photographe et réalisateur vosgien Vincent Munier revient avec Le Chant des Forêts, un documentaire tourné dans les paysages de son enfance, qui séduit spectateurs et critiques depuis sa sortie le 17 décembre dernier.
Un film enraciné dans l’enfance et la mémoire familiale
Contrairement à son premier long-métrage, tourné sur les hauts plateaux tibétains à la recherche d’un félin légendaire, Le Chant des Forêts se concentre sur l’intimité des forêts vosgiennes et sur la transmission entre trois générations. Vincent Munier, 49 ans, y raconte la relation entre un grand-père, un père et son fils, mêlant souvenirs personnels et émerveillement devant la faune sauvage.
"À l'âge de 12 ans, j'ai eu un déclic, à l'âge de mon fils dans le film", confie-t-il à BFMTV. "Cette histoire de filiation père-fils-petit-fils me tenait à cœur. C'était le bon moment, avant qu'il ne soit trop tard, de partager tout ce que mon père m'a enseigné. Je lui dois tout, franchement. C'est presque une déclaration d'amour à mon père."
Un succès public immédiat
Le film bénéficie d’un bouche-à-oreille exceptionnel. En trois semaines d’exploitation, il a déjà attiré plus de 610.000 spectateurs, avec une fréquentation hebdomadaire de 200.000 personnes. Pour comparaison, La Panthère des Neiges avait totalisé 620.000 entrées. Ce succès témoigne de l’intérêt croissant pour des œuvres qui allient beauté esthétique et sensibilité humaine.
De l'observation à la photographie, un parcours exemplaire
Fils de Michel Munier, naturaliste passionné par le Grand Tétras, Vincent Munier a développé dès l’enfance une attention particulière pour la vie animale. Sa première photographie date de ses 12 ans, prise avec l’appareil offert par son père. Depuis 2002, il parcourt le monde pour capturer des espèces emblématiques : loups arctiques, harfangs des neiges, ours bruns ou yaks sauvages.
En 2013, il passe un mois seul sur l’île d’Ellesmere, dans l’Arctique canadien, où il observe une meute de neuf loups blancs. Cette expérience, racontée dans son livre Arctique, a renforcé sa méthode de l’affût et de l’observation attentive, qu’il applique désormais dans ses films.
Le Chant des Forêts, huit ans de patience et de rigueur
Le documentaire compile près de huit années d’archives, choisies avec précision pour mettre en valeur les moments les plus puissants de la vie animale. Vincent Munier explique : "Il y a énormément d’affût, on a décortiqué tout ce que j’avais déjà filmé en ciblant les instants les plus forts."
Les forêts vosgiennes, mais aussi des passages dans le Jura et en Norvège, offrent un cadre visuel d’une grande intensité. Cerfs, lynx, renards et autres espèces apparaissent dans des compositions presque picturales, où la lumière et le brouillard jouent un rôle central.
Une esthétique inspirée et reconnue
Vincent Munier est reconnu pour ses images minimalistes et poétiques, inspirées des estampes japonaises. Il a remporté à trois reprises le prestigieux Eric Hosking Award du BBC Wildlife Photographer of the Year et fondé les éditions Kobalann en 2010. Son credo : magnifier les animaux et leur environnement, révélant la beauté fragile de la nature sauvage.
Un message de contemplation et d’engagement
Si Le Chant des Forêts n’est pas un manifeste politique, il porte un message implicite sur la fragilité des écosystèmes et l’impact des activités humaines. Munier déplore l’uniformisation des paysages et la disparition progressive des espèces. "Je suis attristé par notre capacité à s’adapter à une certaine laideur", confie-t-il, évoquant les campagnes dégradées, les pylônes et les zones industrielles envahissantes.
Le film se veut un levier d’action et d’émotion. En offrant une immersion contemplative, il incite à une bienveillance renouvelée envers le monde naturel. "Je suis persuadé que si on est bienveillant avec ce qui nous entoure, ce qui est non-humain va certainement nous aider à être meilleurs entre nous", résume-t-il.
Une invitation à ralentir et à contempler
Au-delà de la beauté de ses images, Le Chant des Forêts propose une expérience sensorielle et émotionnelle. Dans un monde marqué par l’instantanéité, le film invite à prendre le temps, à observer et à ressentir. Il réaffirme le rôle du cinéma comme vecteur de transmission et de réflexion sur notre relation à la nature et à nos racines.
Avec Le Chant des Forêts, Vincent Munier signe une œuvre à la fois intime et universelle. En mêlant héritage familial, rigueur scientifique et sensibilité artistique, il propose un documentaire où l’émotion, la contemplation et l’engagement se rencontrent. Un succès qui confirme sa place parmi les grands observateurs de la nature et les cinéastes capables de toucher un large public avec des images d’exception.
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