Le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême (FIBD), considéré comme le plus grand rendez-vous mondial du 9e art, traverse une crise sans précédent. Ce 14 novembre 2025, plusieurs leaders de l'édition BD française ont exprimé leur profonde dissatisfaction face au nouvel appel à projets lancé par l'association organisatrice. Cette décision risque de compromettre sérieusement l'édition 2026, prévue du 29 janvier au 2 février. Dans cet article détaillé, nous explorons les raisons de ce mécontentement, les réactions des parties prenantes, les enjeux pour l'industrie de la bande dessinée et les scénarios possibles pour l'avenir du festival.
Contexte de la Crise au Festival d'Angoulême, Une Gouvernance Contestée
Le Festival d'Angoulême, créé en 1974, attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs, auteurs, éditeurs et passionnés de BD du monde entier. Cependant, depuis plusieurs mois, une polémique grandissante entoure la gestion de l'événement par la société 9e Art+, en charge de l'organisation depuis 2007. Critiquée pour son manque de transparence, ses choix artistiques discutables et une gestion financière opaque, 9e Art+ a été au centre d'une fronde massive impliquant auteurs, éditeurs et même certains élus locaux.
Face à cette pression, l'association propriétaire du FIBD, présidée par Delphine Groux, a annoncé le 13 novembre 2025 l'annulation de la reconduction automatique de 9e Art+ et le lancement d'un nouvel appel à projets pour sélectionner un organisateur pour les éditions à venir, y compris celle de 2026. Cette mesure, censée apaiser les tensions, a au contraire exacerbé le conflit. Les grands éditeurs estiment que cette initiative arrive trop tard et manque cruellement de concertation.
La Réaction Virulente des Grands Éditeurs de BD, "La Confiance est Rompue"
Le Syndicat National de l'Édition (SNE), via son groupe BD représentant 24 maisons d'édition majeures, a réagi avec fermeté ce 14 novembre. Dans une déclaration exclusive à l'AFP, Benoît Pollet, président du groupe BD du SNE et directeur général des éditions Glénat, a déclaré : "La confiance est rompue. Nous attendons une réponse forte des pouvoirs publics qui doivent prendre la main pour proposer une solution qui satisfasse les différents partenaires. Sinon, l'édition 2026 est compromise et le festival ne s'en remettra pas."
Cette position est partagée par des poids lourds du secteur tels que Casterman, Glénat, Delcourt et Bayard. Ces éditeurs, qui publient une grande partie des best-sellers de la BD franco-belge, accusent l'association du FIBD d'avoir ignoré leurs recommandations répétées et d'avoir rompu des engagements pris précédemment.
Pour illustrer l'ampleur du mécontentement, voici un tableau récapitulant les principaux éditeurs impliqués et leurs contributions au marché de la BD :
| Éditeur | Année de Fondation | Chiffre d'Affaires Approximatif (BD) | Auteurs Phares |
|---|---|---|---|
| Glénat | 1969 | Plus de 50 millions € | Titeuf, Lanfeust, Blake et Mortimer |
| Delcourt | 1986 | Environ 40 millions € | Aquablue, Walking Dead (VF), Sillage |
| Casterman | 1780 (BD depuis 1934) | Plus de 30 millions € | Tintin, Corto Maltese, Alix |
| Bayard | 1870 (BD jeunesse) | Environ 25 millions € (BD) | Tom-Tom et Nana, Les Enquêtes de Mirette |
Ce tableau met en lumière l'importance économique de ces acteurs, qui représentent une part significative du marché français de la bande dessinée, estimé à plus de 500 millions d'euros annuels.
Les Critiques Spécifiques à l'Appel à Projets, Manque de Concertation et Exclusion de 9e Art+
L'appel à projets lancé le 13 novembre vise à sélectionner un nouvel organisateur pour le FIBD à partir de 2026. L'association a également décidé d'écarter d'emblée 9e Art+ de cette procédure, une mesure présentée comme un geste d'apaisement envers les contestataires. Cependant, le SNE dénonce une "proposition élaborée sans concertation avec les partenaires du festival".
Benoît Pollet va plus loin en ciblant directement la présidente Delphine Groux : "Après avoir refusé de prendre en compte nos recommandations, après être revenue sur ses engagements, après avoir été l'artisan de ce chaos, elle ne peut pas piloter un nouvel appel à projets." Cette critique personnelle souligne une perte de légitimité aux yeux des éditeurs, qui appellent à une intervention des pouvoirs publics pour sauver l'événement.
Parmi les griefs récurrents contre 9e Art+ figurent :
- Une programmation perçue comme élitiste et déconnectée des attentes du public.
- Des problèmes logistiques récurrents lors des éditions passées.
- Un manque de soutien aux auteurs indépendants et aux petites maisons d'édition.
- Des soupçons de favoritisme dans l'attribution des stands et des prix.
Les Enjeux pour l'Édition 2026 du Festival d'Angoulême, Boycott et Conséquences
Sans un accord rapide, l'édition 2026 risque d'être gravement amputée. De nombreux auteurs ont déjà annoncé leur intention de boycotter le festival si 9e Art+ reste impliqué, même indirectement. Les éditeurs, en rejetant l'appel à projets actuel, augmentent la pression pour une refonte complète de la gouvernance.
Le FIBD génère des retombées économiques importantes pour la ville d'Angoulême et la région Nouvelle-Aquitaine : plus de 200 000 visiteurs, des millions d'euros en hébergement, restauration et ventes de BD. Une annulation ou une édition au rabais pourrait avoir des répercussions durables sur l'image du festival et sur l'industrie de la bande dessinée en France.
Voici un tableau comparatif des éditions récentes pour illustrer l'évolution de la fréquentation :
| Édition | Année | Visiteurs | Prix Fauve d'Or | Thème Principal |
|---|---|---|---|---|
| 50e | 2023 | 220 000 | La Couleur des Choses | Anniversaire et diversité |
| 51e | 2024 | 210 000 | Une Vie en Dessins | Hommage aux auteurs |
| 52e (prévue) | 2025 | En cours | À définir | Crise en suspens |
| 53e (menacée) | 2026 | Incertaine | À définir | Réforme ou boycott ? |
Les Solutions Possibles pour Sauver le Festival International de la BD
Pour sortir de l'impasse, plusieurs pistes sont envisagées par les observateurs du secteur :
- Intervention des pouvoirs publics : Le ministère de la Culture ou la région pourraient imposer une médiation et un cahier des charges clair.
- Création d'une gouvernance partagée : Inclure des représentants des auteurs (via le SNAC), des éditeurs (SNE) et des collectivités dans le conseil d'administration.
- Appel à projets transparent : Avec un comité de sélection indépendant et des critères publiés en amont.
- Modèle alternatif : Inspiré d'événements comme la Comic-Con ou le Festival de Cannes, avec une structure plus professionnelle et internationale.
Des festivals concurrents, comme celui de Lyon BD ou le Brussels Comic Strip Festival, pourraient profiter de cette crise pour attirer auteurs et éditeurs. Il est donc crucial d'agir vite pour préserver le leadership d'Angoulême dans le monde de la bande dessinée.
Impact sur les Auteurs et le Public, Une Industrie en Péril ?
Au-delà des éditeurs, ce sont les auteurs qui souffrent le plus de cette instabilité. Beaucoup dépendent du FIBD pour rencontrer leur public, signer des contrats et booster leurs ventes. Un boycott massif pourrait priver des centaines de créateurs de visibilité.
Le public, quant à lui, risque de voir un événement emblématique se déliter. Les fans de BD, qui viennent du monde entier, méritent un festival à la hauteur de la richesse du 9e art français. Cette crise met en lumière la nécessité d'une modernisation de la gouvernance pour adapter Angoulême aux défis du 21e siècle : digitalisation, inclusion, durabilité.
La rejection par les grands éditeurs de l'appel à projets du Festival d'Angoulême marque un point de non-retour dans la crise qui secoue le FIBD depuis des mois. Avec une confiance brisée et des appels à l'intervention publique, l'édition 2026 apparaît plus que jamais compromise. Cependant, cette situation pourrait être l'occasion d'une refonte salutaire, vers un festival plus inclusif, transparent et représentatif de toute la diversité de la bande dessinée.
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