Festival BD Angoulême 2026 : Annulation Imminente ? Boycott Auteurs et Éditeurs en Marche

Festival BD Angoulême 2026 : Annulation Imminente ? Boycott Auteurs et Éditeurs en Marche

Auteur : Julien Baudry

Date : 19 novembre 2025 à 11:06

Le monde de la bande dessinée est en ébullition. Prévu du 29 janvier au 1er février 2026, le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême (FIBD) risque de ne jamais voir le jour sous sa forme habituelle. Face à un boycott massif initié par des centaines d'auteurs et soutenu par les grands éditeurs, l'événement emblématique traverse sa pire crise depuis sa création en 1974. Cette situation, alimentée par des années de tensions accumulées, pose des questions profondes sur la gouvernance, l'éthique et l'avenir de cet pilier culturel français. Dans cet article détaillé, nous décortiquons les origines de la fronde, les enjeux économiques et les perspectives pour une refonte salvatrice.

 

Les Origines Historiques d'un Événement Légendaire

 

Pour comprendre l'ampleur de la crise actuelle, il faut remonter aux racines du festival. Né en 1974 d'une initiative audacieuse de passionnés comme Francis Groux, Jean Mardikian et Claude Moliterni, le Salon International de la Bande Dessinée d'Angoulême – rebaptisé Festival en 1996 – a transformé une petite ville charentaise en capitale mondiale du neuvième art. La première édition, modeste, se tenait dans une aile désaffectée du musée local et attirait déjà des figures comme Hugo Pratt, qui signait l'affiche inaugurale.

Au fil des décennies, le FIBD a évolué pour devenir un rendez-vous incontournable. Des expositions monumentales aux Fauves – ses prix phares, dont le prestigieux Grand Prix – en passant par des débats enflammés et des dédicaces endiablées, il a accueilli plus de 200 000 visiteurs annuels. En 1982, l'ouverture de l'École Européenne Supérieure de l'Image et, en 1984, l'annonce par Jack Lang du Centre National de la Bande Dessinée et de l'Image (devenu Cité Internationale en 2008) ont ancré l'événement dans un écosystème culturel florissant.

Cette ascension n'a pas été sans heurts. Dès les années 1980, des tensions budgétaires ont menacé sa survie, résolues par des subventions publiques croissantes. Le festival a aussi été pionnier dans la reconnaissance de la BD comme art à part entière : en 1990, la création du Marché International des Droits a propulsé Angoulême au rang de hub économique mondial pour l'édition. Aujourd'hui, avec 1 500 auteurs invités et des thèmes transversaux comme le blues ou le sport en BD, il incarne la vitalité d'un secteur qui pèse 921 millions d'euros en France en 2022, dopé par les mangas (57 % des ventes).

Cette histoire glorieuse rend d'autant plus tragique la crise de 2025-2026. Ce qui était un symbole d'unité créative est devenu le théâtre d'une révolte légitime contre des dysfonctionnements profonds.

 

La Poudre aux Poudres, Les Polémiques Explosives Autour de 9eArt+

 

La tempête qui frappe le FIBD trouve ses racines dans les pratiques de 9eArt+, la société privée mandatée pour organiser l'événement depuis 2007. Dirigée par Franck Bondoux, fondateur et délégué général, cette structure gère un budget annuel de 4,5 millions d'euros, dont près de la moitié provient de fonds publics. Mais derrière les chiffres ronflants se cachent des ombres persistantes.

L'enquête choc de L'Humanité Magazine en janvier 2025 a levé le voile sur des dérives alarmantes. Opacité financière d'abord : un rapport de la Chambre Régionale des Comptes de Nouvelle-Aquitaine en 2021 dénonçait un "montage financier dont la cohérence interroge", avec des flux flous entre public et privé. Les critiques pointent aussi des "dérives mercantiles", comme des partenariats controversés avec des chaînes de fast-food, au détriment d'une programmation artistique ambitieuse.

Pire encore, les violences sexistes et sexuelles ont cristallisé la colère. En 2024, une salariée, prénommée Chloé dans l'enquête (pour protéger son identité), a porté plainte pour viol sous soumission chimique survenu en marge du festival. Licenciée pour "faute grave" onze jours avant ses six mois d'ancienneté, elle dénonce un management toxique favorisant les burn-out et les représailles. "Nous te croyons", ont clamé des collectifs comme MeTooBD et le Syndicat des Travailleur·euses Artistes-Auteur·ices (STAA), soulignant une culture d'impunité.

Les pouvoirs publics, financeurs majeurs, ont tenté d'agir. En avril 2025, sous pression, l'Association du FIBD met fin au contrat de 9eArt+ après 2027 et lance un appel d'offres. Mais l'opacité persiste : en novembre, un "rapprochement" forcé avec la Cité Internationale de la BD est perçu comme un simulacre. Bondoux promet un retrait en 2027, mais trop tard : la confiance est rompue.

 

Le Mouvement de Boycott, Une Fronde Inédite des Créateurs

 

La goutte d'eau ? L'annonce le 8 novembre 2025 de la reconduction de 9eArt+ pour 2028. Immédiatement, la profession se soulève. Près de 400 auteurs signent une tribune dans L'Humanité dès avril, menaçant de faire de 2026 une "coquille vide". En novembre, ils sont plus de 1 000, via une pétition en ligne.

Les grands noms ne se dérobent pas. Anouk Ricard, lauréate du Grand Prix 2025, déclare : "Dans le contexte actuel, j’ai pris la décision de ne pas participer à l’édition 2026 ni à l’exposition qui devait m’être consacrée." Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse, Riad Sattouf, Lewis Trondheim, Posy Simmonds, Jacques Tardi et Art Spiegelman rejoignent le chœur. Une lettre ouverte de 22 Grands Prix alerte : "Le Festival de la bande dessinée d’Angoulême est en danger de mort."

Voici un tableau récapitulatif des principaux signataires et leurs motifs :

Auteur·rice Œuvre emblématique Motif principal du boycott
Anouk Ricard Anna et Froga Mépris des auteurs et manque de transparence
Pénélope Bagieu Culottées Violences sexistes et gouvernance autarcique
Catherine Meurisse La Légèreté Opacité financière et exploitation mercantile
Riad Sattouf L'Arabe du futur Manque d'écoute et validisme
Jacques Tardi Adele Blanc-Sec Soutien aux victimes de violences
Art Spiegelman Maus Refus d'une organisation toxique
Lewis Trondheim Donjon Appel à une refonte éthique

Les éditeurs emboîtent le pas. Le Syndicat National de l'Édition (SNE), regroupant 24 maisons comme Delcourt, Glénat ou Casterman, salue les "avancées" publiques mais estime que "l'édition 2026 ne pourra plus se tenir". Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Kana, Urban Comics et Delcourt annoncent leur retrait : "Se rendre à Angoulême sans la majorité des auteurs n'a aucun sens", déclare Stéphane Aznar de Dargaud.

Sur X (ex-Twitter), les appels se multiplient. Un post d'ActuaLitté résume : "Tant que 9eArt+ sera là, nous refuserons de participer au festival : 'On ne nous respecte pas, on ne nous écoute pas, donc on n’y va pas.'" Cette mobilisation, portée par des inter-organisations syndicales, cristallise des maux sociétaux : sexisme, précarité et pouvoir autocratique.

 

Annulation en Vue, Les Réactions Contradictoires des Organisateurs

 

Le 19 novembre 2025, Libération titre sans ambages : "Le festival d’Angoulême n’aura pas lieu en 2026." Face au front uni des créateurs, les éditeurs tranchent : pas de stands, pas de livres, pas de vie. Le SNE confirme : malgré les propositions de réforme – comme confier la gouvernance à l'ADBDA (Association pour le Développement de la Bande Dessinée à Angoulême) dès 2027 –, la "confiance est rompue".

Les organisateurs résistent. Via communiqué, le FIBD dément "les informations erronées" et espère "que les discussions en cours permettront une solution". Contactés par BFMTV et Ouest-France, ils affirment maintenir l'événement "dans l'intérêt de l’écosystème BD et de son public passionné". Fausto Fasulo, codirecteur artistique, déplore dans Libération : "L’horizon n’a jamais semblé aussi apocalyptique. Cette annulation pourrait signifier la disparition définitive."

Une sortie de crise avortée ? Le 11 novembre, les financeurs publics (Préfecture, Région Nouvelle-Aquitaine, Département de la Charente, Ville d'Angoulême) proposent une gouvernance partagée, excluant Delphine Groux, présidente contestée de l'Association FIBD. Mais les artistes persistent : "Malgré les avancées, la méfiance est profonde", confie Jean-Luc Fromental de Denoël Graphic. L'édition 2026 semble donc compromise, forçant une réflexion sur un "Off" alternatif ou une pause salvatrice.

 

L'Impact Économique, Un Cataclysme pour Angoulême et sa Région

 

Le FIBD n'est pas qu'un événement culturel ; c'est un moteur économique vital. Avec 200 000 visiteurs annuels, il génère plus de 5 millions d'euros de retombées directes : hôtels complets, restaurants bondés, librairies en feu. Indirectement, les retombées grimpent à des dizaines de millions via l'image de marque et le tourisme. En 2022, une librairie locale avouait : "Quatre jours de festival équivalent à un mois de chiffre d'affaires."

Pour Angoulême, ville post-industrielle (fin du papier dans les années 2000), la BD est un salut. Elle a créé un écosystème : 20 collectifs d'auteurs, des studios comme Eidola, et la Cité de la BD, qui attire 100 000 visiteurs par an. Le secteur BD en France, boosté à 65 % entre 2019 et 2022, doit beaucoup à ce rayonnement.

Voici un tableau comparatif des impacts économiques :

Aspect Retombées Annuelles (en €) Impact si Annulation 2026
Hébergement et Restauration 2 500 000 Perte de 80 % des réservations hivernales
Ventes BD et Librairies 1 200 000 Chute de 50 % des CA janvier-février
Emplois Indirects (Bénévoles, Transport) 1 000 000 Suppression de 500 postes temporaires
Image Touristique et Droits Des dizaines de millions Risque de déclassement UNESCO "Ville Créative"

Une annulation signifierait un trou béant : pour la Région Nouvelle-Aquitaine, financeuse à hauteur de 500 000 €, c'est un fiasco. Des alternatives comme Lyon BD ou Bruxelles pourraient capter les flux, affaiblissant Angoulême durablement.

 

Vers un Avenir Radieux ? Perspectives et Solutions pour le FIBD

 

La crise, bien que douloureuse, pourrait être le catalyseur d'une renaissance. Les pouvoirs publics, via l'ADBDA, pilotent un nouvel appel d'offres transparent pour 2028, excluant 9eArt+ et Bondoux. Rachida Dati, ministre de la Culture, est interpellée pour une médiation nationale. 285 autrices, dans une tribune virulente, insistent : "Nous, les femmes et minorités de genre, sommes le moteur de cette mobilisation. Le festival doit s'élever contre les violences."

Des scénarios émergent : une gouvernance interprofessionnelle, avec auteurs et éditeurs aux manettes ; une priorisation de la prévention (formations anti-sexistes) ; une ouverture aux Off-festivals décentralisés. Le SEA (Syndicat des Éditeurs Alternatifs) demande la démission de Delphine Groux et une évaluation indépendante.

Pour l'édition 2026, un format réduit – expositions virtuelles, débats en ligne – pourrait sauver les meubles. À long terme, renforcer l'inclusivité et la transparence redonnerait au FIBD sa splendeur. Comme le dit Fausto Fasulo : "Le festival a le cuir dur." Avec une communauté unie, Angoulême pourrait rebondir plus fort, prouvant que la BD, art de la résilience, triomphe toujours.

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