Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (FIBD) traverse la plus grave crise de son histoire. Jeudi, les collectivités territoriales et l’État, qui assurent 50 % du financement de l’événement, ont officiellement demandé aux organisateurs de renoncer à l’édition 2026 prévue du 29 janvier au 1er février. Une décision rarissime pour l’un des plus grands festivals de bande dessinée au monde.
Une annulation de fait exigée par les financeurs publics
Lors d’une conférence de presse organisée à Angoulême, Xavier Bonnefont, maire de la ville, a été clair : « Il nous apparaît plus que compliqué d’organiser le maintien de l’édition 2026 » sans les auteurs, les autrices et les éditeurs. Accompagné des représentants de la Région Nouvelle-Aquitaine, du Département de la Charente et de l’État, il a affirmé que sans festivaliers et sans exposants, il n’y a plus de festival – et donc plus de justification à injecter des fonds publics.
Le boycott massif des auteurs et autrices, la goutte d’eau
Depuis plusieurs mois, un appel au boycott lancé par des centaines d’auteurs et d’autrices gagne du terrain. Parmi les signataires figurent des figures majeures du 9e art, dont Anouk Ricard (Grand Prix 2025), Catherine Meurisse, Pénélope Bagieu, Riad Sattouf ou encore Fabcaro.
Les griefs sont nombreux :
- Manque de transparence financière
- Dérives commerciales perçues (stands trop grands, prix d’entrée élevés)
- Gestion opaque des invitations et des accréditations
- Affaire judiciaire grave impliquant une ancienne salariée de 9e Art+ (plainte pour viol déposée en 2024)
Ce mouvement a franchi un cap décisif mercredi lorsque le Syndicat national de l’édition (SNE), représentant 24 éditeurs majeurs (Casterman, Glénat, Delcourt, Dargaud, Dupuis, etc.), a déclaré que l’édition 2026 « ne pouvait plus se tenir », même avec la nouvelle gouvernance proposée par les collectivités.
Les positions divergentes entre ministère de la Culture et collectivités
| Acteur | Position sur l’édition 2026 | Date de la déclaration |
|---|---|---|
| Collectivités (Angoulême, Département, Région) + État (local) | Demandent l’annulation pure et simple | Jeudi (annonce officielle) |
| Ministère de la Culture (Paris) | Souhaite maintenir la 53e édition | Mercredi et jeudi (confirmé à l’AFP) |
| Syndicat national de l’édition (24 éditeurs) | L’édition « ne peut plus se tenir » | Mercredi |
| Auteurs et autrices (plus de 800 signataires) | Boycott total | Depuis plusieurs mois |
Le ministère de la Culture, pourtant co-financeur, reste isolé dans sa volonté de sauver l’édition 2026. Une position qui apparaît de plus en plus intenable face au retrait des acteurs essentiels du festival.
9e Art+ au cœur de toutes les critiques depuis 2024
Depuis la dernière édition en janvier 2025, la société 9e Art+, délégataire de l’organisation depuis 2020, est accusée :
- d’avoir transformé le festival en « salon commercial » au détriment de la création
- de manque criant de transparence sur l’utilisation des 5 à 6 millions d’euros de budget annuel
- d’avoir licencié une salariée après le dépôt d’une plainte pour viol (affaire toujours en cours)
Ces éléments ont alimenté une défiance profonde, jusqu’au point de rupture actuel.
Et maintenant ? Vers un FIBD 2027 complètement repensé
Les collectivités l’ont annoncé : elles se « mettent en ordre de marche » pour trouver un nouveau délégataire dès 2027. Plusieurs scénarios circulent :
- Retour à une association à but non lucratif 100 % dédiée
- Création d’une société d’économie mixte avec forte gouvernance publique
- Appel d’offres international (hypothèse peu probable)
En attendant, l’édition 2026 semble irrémédiablement compromise. Même une annulation officielle n’a pas encore été prononcée par 9e Art+, mais la pression financière et morale est telle qu’elle paraît inévitable.
Quel impact pour la bande dessinée française ?
Le Festival d’Angoulême reste le plus grand rendez-vous professionnel et public du 9e art en Europe. Son éventuelle annulation en 2026 serait :
- Une perte économique estimée à plus de 30 millions d’euros pour la ville et la région
- Un coup dur symbolique pour toute la filière BD
- Mais aussi, paradoxalement, l’opportunité de repenser un modèle plus équitable et transparent
De nombreux auteurs l’affirment : « Il vaut mieux une année blanche qu’un festival mortifère ».
Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême ne disparaîtra pas, mais il ne sera plus jamais le même. La crise de 2025-2026 marque la fin d’un modèle et l’exigence d’un renouveau profond porté par les créateurs eux-mêmes. Rendez-vous en 2027 pour découvrir quelle forme prendra le plus grand festival de BD du monde après cette tempête historique.
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