Une lueur d’espoir pour le FIBD 2026
Le dimanche 23 novembre 2025, Rachida Dati a surpris le monde de la bande dessinée. Dans un entretien accordé à Ouest-France, la ministre de la Culture s’est déclarée prête à rétablir une subvention exceptionnelle de 200 000 euros pour le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (FIBD) 2026… à condition que l’événement soit totalement refondé avec les auteurs et les éditeurs au cœur de sa gouvernance. Cette annonce intervient alors que l’édition 2026, prévue du 29 janvier au 1er février, était au bord de l’annulation pure et simple.
Pourquoi le Festival d’Angoulême est-il au bord du gouffre ?
Depuis plusieurs mois, le FIBD traverse la crise la plus grave de ses 52 ans d’histoire. Un boycott massif a été lancé à l’initiative d’Anouk Richard (Grand Prix 2025) et soutenu par : - Des centaines d’auteurs et d’autrices - Les principaux syndicats du secteur - Les plus grands éditeurs francophones
Les acteurs qui ont claqué la porte
| Éditeurs ayant annoncé leur retrait | Auteurs signataires du boycott (exemples) |
|---|---|
| Dargaud | Pénélope Bagieu |
| Dupuis | Nine Antico |
| Le Lombard | Chloe Wary |
| Casterman | Catherine Meurisse |
| Glénat | + 285 autrices et auteurs |
Sans auteurs ni éditeurs majeurs, la tenue du festival devient matériellement impossible.
9e Art+ au cœur de la tempête
Depuis 2007, c’est la société privée 9e Art+, dirigée jusqu’à récemment par Franck Bondoux, qui organisait le festival. Elle a été accusée : - D’opacité financière chronique - De dérives mercantiles (stands hors de prix, priorité donnée aux partenaires commerciaux) - De graves dysfonctionnements internes En 2024, une révélation a fait l’effet d’une bombe : une salariée avait été licenciée après avoir porté plainte pour viol en marge du festival. Franck Bondoux s’est alors mis en retrait et 9e Art+ a été écartée de l’organisation.
La position ferme de Rachida Dati
En 2025, la ministre avait déjà supprimé la subvention exceptionnelle de 200 000 euros « compte tenu des manquements aux obligations de transparence ». Elle maintient cette ligne : « Je veille à l’utilisation contrôlée des deniers publics. » Cependant, elle ouvre aujourd’hui une porte : « Le festival doit être reconstruit avec les auteurs et les éditeurs et une gestion et une gouvernance renouvelées. »
- Les aides publiques restantes (même après la coupe de 2025)
| Organisme | Montant maintenu en 2025 |
|---|---|
| DRAC Nouvelle-Aquitaine | 140 000 € |
| Centre National du Livre | 200 000 € |
| Fonds national d’aménagement du territoire | 40 000 € |
| Total hors subvention exceptionnelle | 380 000 € |
Les collectivités locales tirent la sonnette d’alarme
Jeudi 20 novembre 2025, les financeurs publics (Région, Département, Ville) ont officiellement demandé aux organisateurs de renoncer à l’édition 2026 tant que les conditions ne sont pas réunies. Le maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont, a été très clair : « Ce sont les auteurs et autrices avec leurs maisons d’édition qui font le festival. Sans eux et sans festivaliers, pas de festival et sans festival, pas de subvention publique. »
Quelles conditions pour débloquer les 200 000 € en 2026 ?
Rachida Dati pose trois exigences non négociables : 1. Refondation complète de la gouvernance (exit 9e Art+) 2. Retour des auteurs et des éditeurs au cœur du projet 3. Transparence totale sur l’utilisation des fonds publics La ministre rappelle également l’importance culturelle et éducative du festival : « Un événement incontournable, structurant pour la région, qui joue un rôle essentiel dans l’accès à la lecture, notamment auprès des scolaires. »
Le FIBD en chiffres, pourquoi il est irremplaçable
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Visiteurs annuels moyens | Plus de 200 000 |
| Budget global (2023) | 6,6 millions € |
| Part des subventions publiques | Près de 50 % |
| Retombées économiques pour Angoulême | Estimées à 25-30 millions € |
Vers une année blanche ou une renaissance ?
L’intersyndicale reste prudente : une assemblée générale de refondation en janvier 2026, en plein boycott, est jugée « indécente ». Beaucoup craignent une année blanche – la première depuis la création du festival en 1974. Pourtant, l’ouverture de Rachida Dati pourrait accélérer le processus. Si auteurs, éditeurs et pouvoirs publics parviennent à s’accorder rapidement sur une nouvelle structure (association ? SCIC ?), le FIBD pourrait renaître plus fort, plus transparent et surtout plus proche de ses créateurs.
Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême n’est pas encore sauvé, mais il n’est plus condamné. Les 200 000 euros proposés par Rachida Dati constituent un signal fort : l’État est prêt à accompagner la reconstruction… à condition que la bande dessinée redevienne la priorité absolue. Reste à savoir si les différentes parties sauront saisir cette main tendue avant qu’il ne soit trop tard.
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