Le Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) d’Angoulême 2026, prévu du 29 janvier au 1er février 2026, ne verra pas le jour. L’annonce officielle est tombée ce lundi 1er décembre 2025 : la 53e édition est définitivement annulée. C’est une première dans l’histoire récente du plus grand rendez-vous européen de la bande dessinée.
Une annulation confirmée par les avocats de 9e Art+
Les avocats de la société 9e Art+, organisatrice historique du festival depuis 2015, ont confirmé à l’AFP l’abandon total de l’édition 2026. Après avoir « mis à l’arrêt » les préparatifs le 27 novembre, l’organisateur a finalement acté l’impossibilité de maintenir l’événement face à la vague de désistements et de pressions.
Chronologie de la crise, comment le FIBD 2026 est tombé
| Date | Événement clé |
|---|---|
| 2024 | Plainte déposée pour viol en marge du festival 2023 |
| Mi-2025 | Licenciement de la salariée ayant porté plainte |
| Novembre 2025 | Lancement d’un appel au boycott par des auteurs, dont Anouk Ricard (Grand Prix 2025) |
| 20 novembre 2025 | Les financeurs publics (50 % du budget) demandent l’annulation |
| 27 novembre 2025 | 9e Art+ annonce l’arrêt des préparatifs |
| 1er décembre 2025 | Annulation définitive confirmée |
Les trois piliers qui ont fait tomber le festival
Le boycott n’est pas né de nulle part. Trois facteurs majeurs ont convergé pour rendre l’édition 2026 impossible :
- Le scandale du licenciement abusif présumé : une salariée ayant porté plainte pour viol en 2024 a été licenciée peu après. Cet événement a été perçu comme une tentative de faire taire une victime.
- Une dérive commerciale dénoncée : de nombreux auteurs reprochent à 9e Art+ une gestion trop orientée business au détriment de la création et des conditions de travail.
- La rupture de confiance avec les éditeurs : les grandes maisons (Dargaud, Dupuis, Glénat, Delcourt, etc.) ont tour à tour annoncé leur absence, jugeant la situation « irrémédiablement compromise ».
Le boycott des auteurs, une mobilisation sans précédent
Plus de 500 auteurs et autrices avaient déjà signé l’appel au boycott lancé mi-novembre. Parmi eux, des figures majeures du 9e art :
- Anouk Ricard (Grand Prix 2025)
- Catherine Meurisse
- Pénélope Bagieu
- Riad Sattouf
- Joann Sfar
- et des centaines d’autres
Le message était clair : tant que 9e Art+ resterait aux commandes, ils ne viendraient pas.
Les éditeurs claquent la porte
Les principaux éditeurs de bande dessinée français et belges ont annoncé successivement leur retrait. Sans stands ni dédicaces, le festival perdait son cœur économique et artistique.
| Éditeur | Position officielle |
|---|---|
| Médias Participations (Dargaud, Dupuis, Le Lombard) | « Confiance rompue » |
| Glénat | Absence confirmée |
| Delcourt-Soleil | Retrait total |
| Casterman | Ne participera pas |
Les pouvoirs publics lâchent l’affaire
Le festival est financé à hauteur de 50 % par l’argent public (environ 3 millions d’euros sur un budget total de 6 millions). Le 20 novembre, l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Département de la Charente et la Ville d’Angoulême ont conjointement demandé l’annulation, estimant que « les conditions n’étaient plus réunies ».
Même la proposition d’une subvention exceptionnelle de 200 000 € du ministère de la Culture n’a pas suffi à inverser la tendance.
Quelles conséquences pour l’avenir du FIBD ?
Cette annulation pose la question de la gouvernance du festival. Plusieurs scénarios circulent déjà :
- Reprise en main par une nouvelle structure associant auteurs, éditeurs et collectivités
- Retour à un modèle plus associatif, comme avant 2015
- Création d’un festival alternatif par les auteurs boycotteurs
Une chose est sûre : le modèle porté par 9e Art+ depuis 10 ans est mort avec l’édition 2026.
L’annulation du Festival International de la Bande Dessinée 2026 restera comme un tournant historique. Elle illustre la puissance d’un boycott collectif quand auteurs, éditeurs et institutions s’allient pour défendre des valeurs éthiques et artistiques. Angoulême survivra-t-il à cette crise ? Probablement, mais sous une forme radicalement différente.
Le 9e art mérite mieux qu’un festival miné par les scandales et la défiance.
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