Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (FIBD), plus grand rendez-vous mondial du 9ᵉ art, traverse la crise la plus grave de ses 52 ans d’histoire. Le 17 novembre 2025, les financeurs publics ont annoncé une refondation complète de la gouvernance, écartant définitivement Delphine Groux de tout rôle décisionnel et mettant fin à l’ère de la société privée 9eArt+ dirigée par Franck Bondoux.
La crise qui a tout fait basculer, chronologie d’un conflit de plusieurs mois
Depuis début 2025, le festival est secoué par des accusations graves :
- Opacité financière de la société 9eArt+ (organisatrice depuis 2007)
- Dérives mercantiles dénoncées par les auteurs et éditeurs
- Licenciement controversé d’une salariée ayant porté plainte pour viol en marge de l’édition 2024
- Menaces répétées de boycott total de l’édition 2026 par les principaux auteurs et maisons d’édition
Ces tensions ont atteint leur paroxysme en novembre 2025, lorsque l’association FIBD, présidée par Delphine Groux, a d’abord envisagé de reconduire 9eArt+ avant de faire marche arrière sous la pression.
17 novembre 2025, le jour où les financeurs publics ont repris la main
À l’issue d’une semaine de négociations tendues, les collectivités territoriales (Région Nouvelle-Aquitaine, Département de la Charente, Ville et Agglomération d’Angoulême) ainsi que l’État ont imposé leur solution :
Création d’une gouvernance collégiale pilotée par l’ADBDA (Association pour le Développement de la Bande Dessinée à Angoulême), structure qui réunira pouvoirs publics ET tous les professionnels du secteur.
Delphine Groux, présidente contestée de l’association FIBD depuis plusieurs années, ne siégera plus dans aucune instance décisionnelle.
ADBDA, la nouvelle structure qui va diriger le FIBD dès 2027
| Instance | Rôle à partir de 2027 | Représentants clés |
|---|---|---|
| ADBDA (nouvelle version) | Pilotage stratégique et lancement de l’appel d’offres pour le futur organisateur | Pouvoirs publics + auteurs + éditeurs + représentants de la Cité de la BD |
| Association FIBD | Rôle réduit – représentation symbolique uniquement | Dominique Brechoteau (figure historique) remplace Delphine Groux |
| 9eArt+ (Franck Bondoux) | Contrat terminé fin 2026 – écarté définitivement | Aucun siège |
L’assemblée générale constitutive de cette « nouvelle ADBDA » aura lieu pendant l’édition 2026 (29 janvier au 1er février), marquant symboliquement la passation de pouvoir.
Pourquoi Delphine Groux a-t-elle été écartée ?
Fille de l’un des cofondateurs du festival (créé en 1974), Delphine Groux incarnait la continuité historique. Mais sa gestion a été massivement critiquée :
- Tentative de maintien de 9eArt+ début novembre 2025
- Perte de confiance du Syndicat National de l’Édition (SNE)
- Accusation d’être « l’artisan du chaos » par les professionnels
Le maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont, a été clair : « Le retrait de Mme Groux était un impératif. L’association a compris qu’elle n’était plus en mesure de faire barrage. »
Le boycott de l’édition 2026 est-il définitivement évité ?
Rien n’est encore totalement acquis. Si les annonces du 17 novembre ont été saluées par une grande partie de la profession, certains auteurs restent prudents.
Frédéric Vilcocq, conseiller culture de la Région Nouvelle-Aquitaine, parle d’« apaisement supplémentaire » grâce à la nomination de Dominique Brechoteau, figure respectée et historique du festival.
Le maire Xavier Bonnefont se veut optimiste mais prudent : « En quelques jours, on a obtenu des avancées majeures. Ce sont les bases d’une vraie interprofession. »
Qu’est-ce que cela change concrètement pour les visiteurs et les auteurs ?
| Aspect | Avant 2025 | À partir de 2027 |
|---|---|---|
| Organisateur opérationnel | 9eArt+ (société privée) | Lauréat d’un appel d’offres ouvert |
| Pilotage stratégique | Association FIBD (Delphine Groux) | ADBDA collégiale (public + profession) |
| Transparence financière | Critiquée et opaque | Exigence forte des financeurs publics |
| Représentation des auteurs | Faible | Sièges dédiés et statutaires |
Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême entre dans une nouvelle ère. Après 18 ans de gestion privée controversée et plusieurs crises majeures (2017, 2025), les pouvoirs publics et la profession s’unissent pour redonner ses lettres de noblesse au plus grand événement BD au monde.
L’édition 2026 (29 janvier – 1ᵉʳ février) sera décisive : elle sera la dernière sous l’ère 9eArt+ et servira de transition vers un modèle plus démocratique, transparent et collégial.
Pour les amateurs de bande dessinée, c’est une excellente nouvelle : le FIBD devrait retrouver l’esprit qui a fait sa légende depuis 1974, tout en s’adaptant aux exigences du XXIᵉ siècle.
Le 9ᵉ art a gagné. Angoulême respire à nouveau.
Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article !