Festival d’Angoulême : une refondation majeure en préparation

Festival d’Angoulême : une refondation majeure en préparation

Auteur : Aurore BAUDRY

Date : 09 janvier 2026 à 21:35

Après l’annulation sans précédent de son édition 2026, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême s’engage dans une profonde réinvention. Nouveau cadre, nouvel appel à projets, exigences renforcées en matière de gouvernance, de transparence et de conditions d’accueil des auteurs : l’événement phare du neuvième art amorce un tournant décisif pour répondre à une crise de confiance majeure au sein de la filière.

Vendredi, l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), en lien avec la municipalité, a officialisé le lancement imminent d’un nouvel appel à projets destiné à désigner un futur organisateur. Une procédure inédite, pensée pour tourner la page de près de vingt ans de gestion controversée et redéfinir en profondeur l’identité, le fonctionnement et l’ambition internationale du festival.

 

Une rupture assumée après une crise sans précédent

 

 

L’annonce marque une rupture historique. Depuis sa création en 1974, le Festival d’Angoulême n’avait jamais annulé une édition. La 53e édition, prévue fin janvier 2026, devait pourtant être sacrifiée, victime d’une fronde massive d’auteurs, d’autrices et d’éditeurs contre la société 9e Art+, organisatrice de l’événement depuis 2007.

Au cœur des critiques : une gouvernance jugée opaque, une dérive commerciale progressive, un éloignement des réalités économiques et sociales des créateurs, mais aussi une gestion des ressources humaines mise en cause. Le licenciement d’une salariée ayant porté plainte en 2024 pour un viol survenu en marge du festival a cristallisé les tensions et accéléré la mobilisation du secteur.

Face à la menace d’un boycott massif, les financeurs publics et l’ADBDA ont tranché : plutôt que maintenir une édition sous haute tension, l’événement serait mis à l’arrêt pour permettre une remise à plat complète de son modèle.

 

Un nouvel appel à projets pour rebâtir le festival

 

 

Le nouvel appel à projets sera officiellement lancé mardi. Les candidats intéressés auront jusqu’au 12 mars pour déposer leur dossier. Une échéance courte, mais assumée, destinée à attirer des acteurs solides, déjà structurés et parfaitement au fait des enjeux du secteur.

Le cahier des charges, présenté comme « plus clair et transparent », constitue le socle de cette refondation. Il impose des engagements précis et vérifiables, notamment :

  • une gouvernance lisible et responsable ;
  • des règles strictes de prévention et de lutte contre les violences et harcèlements sexistes et sexuels ;
  • la gratuité totale d’accès pour les auteurs, autrices et professionnels ;
  • une politique sociale et éthique clairement formalisée.

« Nous voulons un cadre exemplaire, à la hauteur de ce que représente Angoulême pour la bande dessinée mondiale », a insisté David Caméo, président de l’ADBDA, lors de la conférence de presse.

 

Une sélection resserrée et un mandat plus court

 

 

À l’issue de l’examen des candidatures, trois projets seront présélectionnés. Leurs porteurs seront auditionnés durant la semaine du 6 avril, avant qu’un lauréat ne soit désigné la semaine suivante.

Le futur organisateur devra démontrer une « grande ambition » et une connaissance fine de l’écosystème de la bande dessinée, en France comme à l’international. L’objectif affiché est clair : renforcer le rayonnement mondial du festival tout en renouant avec sa mission première de soutien à la création.

Autre changement majeur : la durée du contrat. Le prochain délégataire sera lié à l’ADBDA pour cinq ans, contre dix auparavant, avec une option de prolongation d’un an. Une manière de rééquilibrer les rapports de force et de garantir une capacité de correction plus rapide en cas de dérive.

 

Des dates et des formats susceptibles d’évoluer

 

 

La refonte pourrait également toucher le calendrier du festival. Jusqu’ici organisé fin janvier, l’événement pourrait désormais se tenir entre janvier et mi-mars, hors vacances scolaires.

Cette évolution, encore à l’étude, répond à plusieurs enjeux : améliorer les conditions d’accueil, réduire la concurrence avec d’autres grands rendez-vous culturels et offrir davantage de souplesse logistique aux professionnels comme au public.

Des changements de lieux, voire de nom et d’identité visuelle, ne sont pas exclus. Autant de leviers envisagés pour marquer symboliquement le renouveau et rompre avec une période jugée délétère par une large partie de la profession.

 

Un signal rassurant pour les auteurs et autrices

 

 

Du côté des créateurs, la réaction est globalement positive, bien que prudente. Denis Bajram, représentant des États généraux de la bande dessinée, a salué une « bonne volonté générale » et un climat « extrêmement rassurant pour l’avenir du festival ».

« Nous serons très attentifs à ce que ces engagements se traduisent concrètement dans les faits », a-t-il toutefois prévenu, rappelant que la défiance accumulée au fil des années ne disparaîtra pas sans actes tangibles.

La gratuité de l’accès pour les auteurs, l’un des points les plus attendus, est perçue comme un symbole fort dans un contexte de précarisation croissante des métiers de la création.

 

Le “off” renforcé pour maintenir le lien avec la BD

 

 

En attendant la renaissance officielle du festival, la municipalité d’Angoulême entend éviter une année blanche pour la bande dessinée. Le traditionnel « off », organisé en marge de l’événement officiel, sera exceptionnellement renforcé.

Du 29 janvier au 1er février, environ 80 éditeurs et 500 auteurs sont attendus dans la ville, selon les organisateurs. Un rendez-vous alternatif, pensé comme un espace de rencontres, de débats et de visibilité pour la création indépendante.

Si ce format ne prétend pas remplacer le festival officiel, il témoigne de la vitalité du secteur et de la volonté collective de préserver Angoulême comme un lieu central du neuvième art.

 

Un tournant décisif pour un symbole culturel français

 

 

Au-delà de son organisation, c’est la place même du Festival d’Angoulême dans l’écosystème culturel qui se joue. Longtemps vitrine internationale de la bande dessinée francophone, l’événement doit aujourd’hui concilier attractivité économique, exigence artistique et responsabilité sociale.

La crise de 2025-2026 agit comme un révélateur des tensions structurelles du secteur : concentration des acteurs, fragilité économique des auteurs, attentes croissantes en matière d’éthique et de transparence.

La réussite de cette refondation conditionnera non seulement l’avenir du festival, mais aussi la crédibilité de l’ensemble de la filière à se réinventer face aux mutations profondes du monde culturel.

 

Une renaissance sous haute surveillance

 

 

Si les intentions affichées sont ambitieuses, le défi reste immense. Le futur organisateur devra reconstruire un lien de confiance durable avec les créateurs, les éditeurs, les institutions et le public, tout en préservant l’ADN d’un événement unique au monde.

À Angoulême, la bande dessinée n’est pas seulement un festival : c’est un patrimoine vivant, un moteur économique local et un symbole international. Sa renaissance sera scrutée de près, bien au-delà des frontières françaises.

Pour le neuvième art, l’année à venir pourrait ainsi marquer le début d’un nouveau chapitre, écrit sous le signe de la transparence, de l’exigence et du respect de celles et ceux qui le font vivre.

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