Annonce choc, la préparation de la 53e édition gelée
Le jeudi 27 novembre 2025, un courriel interne a secoué le monde de la bande dessinée. Noémie de La Soujeole, directrice commerciale de 9e Art+, l’organisateur historique du Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) d’Angoulême, a informé les partenaires que « la production de l’édition 2026 est, à ce jour, mise à l’arrêt ».
Ce message, révélé par Le Monde et consulté par l’AFP, ne prononce pas le mot « annulation ». Pourtant, il cristallise une crise sans précédent. Prévue du 29 janvier au 1er février 2026, la 53e édition vacille sous le poids des boycotts, des retraits d’éditeurs et des pressions financières.
Contexte d’une crise historique
Depuis plusieurs mois, le FIBD traverse une tempête parfaite. Les critiques fusent contre la gestion de 9e Art+, en place depuis 2007. Accusée de dérive commerciale, l’organisation est également pointée du doigt pour avoir licencié une salariée ayant porté plainte pour viol en marge de l’édition 2024.
Ce licenciement a déclenché une vague d’indignation. Des auteurs majeurs, dont la lauréate du Grand Prix 2025 Anouk Ricard, ont publiquement appelé au boycott. Leur revendication ? Une gouvernance plus transparente et respectueuse des victimes.
Le boycott des auteurs, une mobilisation inédite
Qui boycotte ?
- Anouk Ricard – Grand Prix 2025, figure de proue du mouvement
- Catherine Meurisse – Autrice engagée, ancienne résidente
- Pénélope Bagieu – Icône du féminisme en BD
- Plus de 200 auteurs et autrices signataires d’une tribune commune
Revendications clés
- Annulation du contrat avec 9e Art+
- Création d’un comité éthique indépendant
- Prise en charge réelle des victimes d’agressions
Les éditeurs claquent la porte
Les grandes maisons d’édition, piliers du festival, ont tour à tour annoncé leur retrait. Dargaud, Dupuis, Glénat, Casterman estiment que « la confiance est rompue ». Sans stands ni dédicaces, l’événement perdrait son âme commerciale et artistique.
| Éditeur | Position officielle | Date annonce |
|---|---|---|
| Dargaud | Retrait total | 15 novembre 2025 |
| Dupuis | Suspension participation | 18 novembre 2025 |
| Glénat | Boycott stands | 20 novembre 2025 |
| Casterman | Absence confirmée | 22 novembre 2025 |
Les financeurs publics sonnent l’alarme
Le 20 novembre 2025, les collectivités territoriales et l’État – qui financent 50 % du budget de 6 millions d’euros – ont publié un communiqué cinglant. Ils jugent « plus que compliqué » le maintien de l’édition 2026 et demandent son annulation pure et simple.
Pourtant, le Ministère de la Culture continue de plaider pour un sauvetage in extremis. Une position isolée face à la fronde générale.
Impact financier, un gouffre à 6 millions d’euros
Le FIBD représente un enjeu économique majeur pour Angoulême et la Nouvelle-Aquitaine. Chaque année :
- 200 000 visiteurs
- 1 500 auteurs invités
- 300 exposants
- 25 millions d’euros de retombées indirectes
Une annulation entrainerait :
| Conséquence | Estimation |
|---|---|
| Perte billetterie | 1,2 M€ |
| Retombées hôtellerie | -8 M€ |
| Emplois saisonniers | 500 postes menacés |
| Image internationale | Dommage durable |
Scénarios possibles pour 2026
1. Annulation officielle
Probabilité élevée. 9e Art+ pourrait déclarer forfait avant Noël, évitant une édition fantôme.
2. Report à 2027
Une solution transitoire ? Un comité de crise pourrait être nommé pour relancer le festival sous une nouvelle gouvernance.
3. Maintien contre vents et marées
Peu réaliste. Sans auteurs ni éditeurs, l’événement perdrait toute légitimité.
4. Festival alternatif
Des auteurs envisagent un « Off d’Angoulême » autogéré, comme en 1994 lors de la grève des intermittents.
Rappel, les crises passées du FIBD
| Année | Crise | Issue |
|---|---|---|
| 1994 | Grève intermittents | Festival maintenu, édition réduite |
| 2004 | Conflit auteurs/éditeurs | Création du Prix Artémisia |
| 2021 | Covid-19 | Édition virtuelle |
| 2026 | Boycott + gouvernance | En cours |
Réactions dans le secteur de la BD
Lewis Trondheim (auteur) : « Angoulême sans auteurs, c’est un salon vide. Il faut tout repenser. »
BD Gest’ (média spécialisé) : « La crise de 2026 pourrait être le catalyseur d’une refondation salutaire. »
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