Polémique Amir à Brest : LFI demande la déprogrammation du concert pour soutien présumé à la colonisation israélienne

Polémique Amir à Brest : LFI demande la déprogrammation du concert pour soutien présumé à la colonisation israélienne

Auteur : Aurore BAUDRY

Date : 05 novembre 2025 à 22:05

Le 6 novembre, Amir devait illuminer la scène de l'Arena de Brest. Mais une tempête politique s'est abattue sur l'événement : la section locale de La France Insoumise (LFI) appelle à sa déprogrammation immédiate, accusant le chanteur de complicité avec la colonisation israélienne. Entre accusations graves, défense passionnée de l'artiste et débats sur la liberté d'expression, plongez au cœur d'une controverse qui révèle les tensions géopolitiques au sein de la culture française.

 

Les Faits, Pourquoi LFI Brest Veut-Elle Annuler le Concert d'Amir ?

 

La délégation brestoise de La France Insoumise, dirigée par la militante Cécile Beaudouin – future tête de liste aux municipales de 2026 –, a publié un communiqué incendiaire sur les réseaux sociaux. Elle dénonce vigoureusement la programmation d'Amir à l'Arena de Brest, qualifiant sa venue de "honte et déshonneur" pour la ville.

Selon LFI, le passé du chanteur rend son invitation inacceptable. En 2014, Amir aurait participé à un événement culturel à Hébron, une colonie israélienne considérée comme illégale par le droit international. De plus, il aurait animé une soirée de soutien aux soldats de Tsahal (l'armée israélienne), organisée par Yoni Chetboun, un ancien député du parti d'extrême droite Habayit Hayehudi et officier décoré.

Cécile Beaudouin affirme sans détour : "Amir a participé à la colonisation illégale en Palestine au sein de l'armée israélienne et s'en vante régulièrement. Il a contribué financièrement et médiatiquement au soutien de la police aux frontières israéliennes. En tout cela, il montre sa proximité avec l'extrême droite coloniale israélienne."

La militante insiste sur les valeurs de Brest : "Nous ne voulons pas que notre ville transige sur ses principes pour remplir les caisses d'une salle de spectacle." LFI demande donc une déprogrammation d'urgence, transformant un simple concert en enjeu politique majeur.

 

Le Parcours d'Amir, Service Militaire, Engagements et Polémiques Récurrentes

 

Amir Haddad, révélé par The Voice en 2014 et représentant la France à l'Eurovision en 2016 avec "J'ai cherché", est un artiste franco-israélien accompli. Né en France, il a émigré en Israël à l'âge de 8 ans et y a effectué son service militaire obligatoire, comme la majorité des citoyens israéliens.

C'est précisément ce passé qui alimente les critiques. Lors de son service, Amir a chanté pour des soldats, un geste qu'il présente comme un soutien humanitaire plutôt que politique. Mais pour ses détracteurs, ces apparitions équivalent à un aval à l'occupation des territoires palestiniens.

Outre l'événement d'Hébron, LFI pointe des dons présumés à des unités frontalières israéliennes et des déclarations publiques où Amir exprime sa fierté pour son service. Ces éléments, selon la gauche radicale, le lient à une idéologie coloniale d'extrême droite.

Année Événement Contesté Accusation de LFI Défense d'Amir
2014 Concert à Hébron Participation à un événement dans une colonie illégale Événement culturel non politique ; ignorance du contexte géopolitique
2014 Soirée de soutien Tsahal avec Yoni Chetboun Soutien à l'extrême droite israélienne et à l'armée Chant pour protéger du terrorisme, comme pour les pompiers en France
Ongoing Dons et déclarations Financement de la police aux frontières ; vantardise du service militaire Contexte de 2014 différent ; service obligatoire en Israël

 

La Réponse d'Amir, "Un Antisémitisme d’Atmosphère" et Peur pour Sa Famille

 

Interrogé par Le Parisien en septembre, Amir a balayé les accusations avec fermeté. "En 2014, le conflit n’est pas celui d’aujourd’hui. Je vis dans un pays où le service militaire est obligatoire pour tous. Chanter pour ceux qui nous protègent du terrorisme, c’est comme soutenir les gendarmes ou les pompiers en France", explique-t-il.

Concernant Hébron : "Je démarre ma carrière musicale. À ma connaissance, ce n’est pas un événement politique. Je ne connais pas Yoni Chetboun, la politique ne m’intéresse pas."

L'artiste va plus loin en dénonçant un "antisémitisme d’atmosphère" rampant en France et en Europe. "Je m’inquiète pour mes enfants, leur sécurité, et la mienne. Les menaces et insultes pleuvent", confie-t-il, soulignant une escalade inquiétante depuis les polémiques belges.

Cette sortie a divisé : pour certains, Amir victimise une critique légitime ; pour d'autres, elle révèle un climat hostile aux artistes juifs ou pro-israéliens.

 

Précédents, Des Boycotts Récurrents Liés au Conflit Israélo-Palestinien

 

Ce n'est pas la première fois qu'Amir affronte la tempête. En juillet, aux Francofolies de Spa (Belgique), plusieurs artistes comme Yoa se sont retirés en appelant au boycott, invoquant les mêmes raisons.

Plus largement, le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) cible régulièrement des figures culturelles perçues comme pro-israéliennes. Récemment, le groupe irlandais Kneecap, pro-palestinien, a lui aussi essuyé des appels au boycott inverse avant ses concerts.

Ces affaires illustrent comment le conflit au Proche-Orient contamine la scène artistique européenne, forçant les organisateurs à naviguer entre liberté d'expression, pressions politiques et sécurité.

Artiste/Groupe Événement Position Contestée Résultat
Amir Francofolies de Spa (juillet) Soutien présumé à Tsahal Retrait d'artistes ; concert maintenu sous tension
Kneecap Concerts en Europe Soutien à la cause palestinienne Appels au boycott ; concerts maintenus
Autres (ex. Matisyahu) Festivals passés Positions pro-israéliennes Annulations forcées par pression BDS

 

Les Enjeux pour Brest, Culture, Politique et Valeurs Locales

 

L'Arena de Brest, gestionnaire de l'événement, n'a pas encore réagi officiellement. Mais la polémique place la ville sous les projecteurs : doit-on prioriser le remplissage des salles ou les convictions éthiques ?

Cécile Beaudouin et LFI positionnent Brest comme bastion progressiste, refusant tout compromis avec ce qu'ils qualifient de "colonisation". Pourtant, annuler un concert pour des actes datant d'il y a plus de dix ans soulève des questions sur la cancel culture et la présomption d'innocence artistique.

Localement, les réactions divergent. Certains habitants soutiennent LFI au nom de la solidarité palestinienne ; d'autres défendent la neutralité culturelle et le droit d'Amir à se produire.

 

Contexte Géopolitique, Le Conflit Israélo-Palestinien au Cœur des Débats Culturels

 

Depuis l'escalade de 2023 à Gaza, les tensions autour d'Israël et de la Palestine ont envahi tous les domaines, y compris la musique. En France, pays avec d'importantes communautés juive et musulmane, ces débats sont particulièrement vifs.

Le service militaire israélien, obligatoire pour les citoyens (sauf exemptions), est un point de friction. Pour Amir, c'est une norme sociale ; pour ses critiques, une participation active à un système d'occupation.

Cette affaire s'inscrit dans une série de controverses où l'art devient otage de la géopolitique : festivals annulés, artistes blacklistés, menaces en ligne. Elle interroge la frontière entre engagement personnel et responsabilité publique.

 

Analyse, Liberté d'Expression vs. Boycott – Où Tracer la Ligne ?

 

Doit-on juger un artiste sur son passé militaire dans un pays en conflit ? Amir argue du contexte : en 2014, avant l'intensification actuelle, son service était routinier. Ses concerts pour soldats visaient le moral, non la politique.

LFI, au contraire, voit une caution implicite à l'occupation. Mais annuler un spectacle risque de censurer et de polariser davantage. Des experts en droit culturel rappellent que la liberté artistique prime, sauf incitation directe à la haine.

Cette polémique révèle aussi un double standard : des artistes pro-palestiniens affrontent-ils les mêmes scrutins ? Le débat dépasse Brest pour questionner la neutralité de la culture en temps de crise mondiale.

Le concert d'Amir à Brest, prévu le 6 novembre, reste en suspens. Quelle que soit l'issue – maintien, annulation ou report –, cette affaire marque un tournant : la culture n'échappe plus aux fractures géopolitiques.

Entre solidarité internationale, peur de l'antisémitisme et défense des valeurs locales, Brest incarne les dilemmes d'une France divisée. Suivez l'évolution de cette controverse, symptôme d'un malaise plus profond.

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