Après cinq années à l’antenne et près de 150 numéros diffusés, Cuisine ouverte s’apprête à disparaître de la grille de France 3 début 2026. Une fin annoncée sans fracas, malgré des audiences en nette progression et un bilan globalement très positif pour l’émission incarnée par Mory Sacko. Derrière ce paradoxe apparent se dessine une réalité plus nuancée : celle d’un programme culinaire exigeant, apprécié d’un public fidèle, mais confronté à l’évolution des usages télévisuels et aux arbitrages stratégiques du service public.
Une page qui se tourne pour France 3 et Mory Sacko
Le samedi 20 décembre 2025, France 3 proposait l’un des derniers numéros inédits de Cuisine ouverte en avant-soirée. Une diffusion presque symbolique, marquant la fin progressive d’un programme lancé en 2020 et devenu, au fil des saisons, un rendez-vous singulier du paysage audiovisuel français.
Quelques semaines plus tôt, Mory Sacko faisait ses adieux en prime time avec une émission spéciale. Un événement attendu, mais dont les performances ont déçu : moins d’un million de téléspectateurs au rendez-vous, une audience en retrait et des cibles jeunes largement absentes. Un contraste frappant avec la dynamique observée sur le format hebdomadaire.
Cette dernière diffusion exceptionnelle n’a toutefois pas suffi à effacer le bilan global de Cuisine ouverte, qui s’inscrit parmi les réussites éditoriales les plus solides de France 3 sur la période récente.
Cuisine ouverte, cinq ans d’antenne et une identité forte
Lancée dans un contexte de renouvellement des programmes culinaires, Cuisine ouverte s’est rapidement démarquée de ses concurrents. Exit les plateaux standardisés et la compétition permanente : ici, la cuisine se déployait en extérieur, au cœur des territoires, au contact des producteurs, des artisans et du patrimoine gastronomique français.
Mory Sacko, chef étoilé et figure montante de la gastronomie contemporaine, incarnait cette approche hybride :
- une cuisine française ouverte aux influences africaines et japonaises,
- un discours accessible sans être simpliste,
- une mise en valeur des savoir-faire locaux plutôt qu’une logique de performance.
Ce positionnement éditorial, cohérent avec l’ADN de France 3, a permis au programme de s’installer durablement, sans jamais chercher le sensationnel.
Des audiences solides et en nette progression en 2025
Contrairement à l’impression laissée par le prime de clôture, Cuisine ouverte affiche sur sa dernière saison des résultats particulièrement encourageants.
Entre le 13 septembre et le 13 décembre 2025, les onze numéros diffusés en avant-soirée ont rassemblé en moyenne 1,64 million de téléspectateurs, soit 9,8 % de part de marché auprès des individus âgés de quatre ans et plus.
Un niveau rarement atteint lors des saisons précédentes, et surtout une régularité notable :
- quatre émissions au-dessus des 10 % de part de marché,
- une seule diffusion sous le seuil des 8 %,
- une stabilité hebdomadaire dans une tranche horaire très concurrentielle.
À titre de comparaison, la saison précédente peinait à franchir durablement ces seuils symboliques.
Une des meilleures progressions de France Télévisions
Dans un contexte général de baisse des audiences linéaires, Cuisine ouverte fait figure d’exception. Là où plusieurs formats historiques du service public enregistrent des replis sensibles, le programme porté par Mory Sacko affiche une progression remarquable sur un an.
Par rapport à la saison 2024 :
- +321 000 téléspectateurs en moyenne,
- +2,3 points de part de marché.
Il s’agit tout simplement de la meilleure progression en avant-soirée sur France 3 sur la période observée. Seule la série quotidienne Un si grand soleil parvient à maintenir une stabilité comparable, sans toutefois afficher une telle hausse.
Aux côtés de Tout le monde veut prendre sa place, Cuisine ouverte s’impose ainsi comme l’un des rares formats du service public à progresser significativement malgré la fragmentation des audiences.
Pourquoi arrêter une émission en hausse ?
La disparition de Cuisine ouverte malgré ces résultats interroge. Elle ne s’explique pas par un échec d’audience, mais par une combinaison de facteurs structurels et stratégiques.
Plusieurs éléments peuvent être avancés :
- le coût de production d’un format tourné en extérieur,
- la difficulté à renouveler le concept après cinq ans,
- les nouvelles orientations éditoriales de France 3,
- l’évolution des habitudes de consommation vers le replay et le numérique.
Le prime de clôture, moins performant, a également rappelé les limites du programme lorsqu’il sort de son écrin naturel de l’avant-soirée.
Pour France Télévisions, l’arrêt de l’émission semble relever davantage d’un choix de grille que d’un désaveu.
Mory Sacko, un visage devenu incontournable du paysage culinaire
Au-delà des chiffres, Cuisine ouverte aura contribué à installer durablement Mory Sacko comme une figure médiatique majeure. Déjà reconnu pour son restaurant et son parcours gastronomique, le chef a su trouver à la télévision un ton juste, loin des caricatures habituelles.
Son approche, à la fois pédagogique et respectueuse des produits, a séduit un public intergénérationnel, sans céder aux recettes faciles du divertissement pur.
Cette crédibilité explique en partie la fidélité du public et la progression des audiences, saison après saison.
Une seconde vie sur france.tv
Si Cuisine ouverte quitte la diffusion linéaire, elle n’est pas vouée à disparaître totalement. L’intégralité des épisodes reste accessible sur la plateforme france.tv, où le programme continue de rencontrer son public.
Cette disponibilité prolonge la durée de vie de l’émission et illustre la mutation des usages : un succès d’estime et de long terme, plus qu’un simple score instantané.
À l’heure où la télévision publique redéfinit ses priorités, Cuisine ouverte laisse l’image d’un programme cohérent, exigeant et performant, dont l’arrêt n’efface ni l’impact ni l’héritage.
Un adieu sans polémique, mais riche de sens
La fin de Cuisine ouverte résume à elle seule les paradoxes de la télévision actuelle : une émission en croissance, appréciée, mais victime de contraintes éditoriales et économiques plus larges.
Un bilan qui, chiffres à l’appui, confirme que le chef quitte l’antenne au sommet — même si la discrétion reste, jusqu’au bout, la signature de Cuisine ouverte.
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