Invité le 15 décembre sur le podcast de Sabrina Shaitia diffusé sur YouTube, Julien Courbet, animateur emblématique de M6, a livré un témoignage sans concession sur les coulisses de la télévision dans les années 1990. Entre censure stricte, comportements inacceptables et évolution des normes, l’animateur dresse un portrait contrasté d’une époque désormais révolue.
Une télévision des années 90 plus encadrée à l’antenne qu’en coulisses
Julien Courbet commence par rappeler que la parole à l’antenne était fortement surveillée. « Dans les années 90, il était hors de question de laisser passer un ‘merde’, c’était tout de suite coupé », raconte-t-il. Toute sortie de langage jugée inappropriée pouvait entraîner des sanctions immédiates, illustrant un contrôle rigoureux du vocabulaire et de l’expression.
Cependant, les pratiques ont évolué avec l’arrivée de nouvelles figures comme Cyril Hanouna. Selon Courbet, « Il s’est mis à parler en argot, et en ce sens, il a ouvert des portes », témoignant d’une transformation progressive du ton télévisuel.
Aujourd’hui, les animateurs évoluent dans un contexte radicalement différent. Julien Courbet insiste sur la vigilance constante imposée par une société plus procédurière et par l’impact amplificateur des réseaux sociaux. « Ce n’est pas qu’on ne peut plus rien dire, c’est qu’il faut faire attention maintenant », souligne-t-il, pointant la rapidité avec laquelle une maladresse peut devenir une polémique virale.
Compliments, polémiques et nouvelles lignes rouges
Julien Courbet illustre ce changement par des expériences personnelles. Après avoir complimenté une invitée, il a reçu des critiques dénonçant une forme d’objectification. « On n’est pas de la viande, on n’est pas la foire aux bestiaux », se souvient-il. Ces réactions l’ont conduit à adapter sa communication, en prenant soin d’éviter les formulations jugées offensantes.
Pour l’animateur, ce n’est pas une question d’interdiction stricte, mais d’une attention accrue aux perceptions et ressentis. « On m’a dit d’éviter de dire à une femme qu’elle est jolie parce que ça peut choquer, et ça, c’est dur », explique-t-il. Les réseaux sociaux, selon lui, jouent un rôle central dans ce nouveau climat, amplifiant chaque séquence et accélérant les réactions.
Des coulisses autrefois sans garde-fous
Si l’antenne était surveillée, les coulisses étaient, en revanche, beaucoup moins encadrées. Julien Courbet décrit les années 90 comme une période « complètement débridée ». Il affirme : « Je peux te faire une liste de 600 personnes qui seraient en prison aujourd’hui » si les comportements avaient été filmés.
L’animateur évoque des situations aujourd’hui jugées inacceptables : des journalistes le surnommant « p’tit cul » ou des femmes lui mettant la main aux fesses alors qu’il était leur supérieur hiérarchique. Les blagues sur le physique étaient courantes et rarement contestées, illustrant un environnement largement permissif et sexiste.
Depuis, les chaînes ont renforcé la sensibilisation et la prévention. Des formations obligatoires pour le personnel sont désormais organisées, et l’usage de surnoms peut être interprété comme du harcèlement. Selon Courbet, le « machisme niveau Champions League » des années 90 a largement reculé, et les femmes occupent aujourd’hui des rôles plus diversifiés et valorisés.
La fin d’une époque et l’acceptation des nouvelles normes
Julien Courbet reconnaît que « l’on s’amusait plus dans l’ancien », mais il admet que la rigueur actuelle est nécessaire. La télévision, à ses yeux, a gagné en professionnalisme et en respect des individus, tout en perdant certaines libertés d’expression ou d’insouciance qui caractérisaient les années 90.
Pour l’animateur, ce tournant reflète une société plus attentive aux droits, aux perceptions et à la sécurité des personnes. « On ne peut plus faire n’importe quoi, mais c’est mieux ainsi », conclut-il, soulignant l’importance d’un équilibre entre créativité télévisuelle et respect des normes sociales.
Le témoignage de Julien Courbet offre un éclairage rare sur la transformation de la télévision française sur trois décennies. D’un environnement où l’antenne était stricte mais les coulisses permissives, nous sommes passés à un cadre où le respect des individus et la vigilance face aux réactions publiques dominent. Ce contraste illustre non seulement l’évolution des pratiques médiatiques, mais aussi celle de la société dans son ensemble, marquée par une attention accrue à l’éthique et à la responsabilité.
En partageant ses expériences, l’animateur contribue à la mémoire collective du média télévisuel, tout en mettant en lumière les progrès accomplis dans la lutte contre le sexisme et les comportements inappropriés au sein des équipes de production.
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