Le rock’n’roll français perd l’une de ses figures les plus attachantes. Albert Kassabi, plus connu sous le nom de scène Bébert, ancien chanteur et leader charismatique des Forbans, s’est éteint le 25 novembre 2025 à l’âge de 63 ans des suites d’une longue maladie. L’annonce a été faite par Michel Papain, batteur historique du groupe, au nom de la famille.
Qui était Bébert des Forbans ?
Né Albert Kassabi, Bébert fonde Les Forbans en 1978 avec trois amis de lycée. Le groupe, directement inspiré par le rock’n’roll américain des années 1950-60 (Elvis Presley, Eddie Cochran, Gene Vincent), explose véritablement en 1982 avec le tube interplanétaire « Chante ! », écoulé à près de deux millions d’exemplaires.
Avant cela, le 45 tours Le Rock des copains (1980) avait déjà posé les bases d’un style décomplexé, festif et générationnel. Quatre albums studio suivront entre 1982 et 1986, tous certifiés disques d’or ou de platine.
Après une séparation en 1987, le groupe se reforme dès 1990 et enchaîne les tournées nostalgiques, les festivals et les spectacles dans toute la France pendant plus de trente ans.
Le succès phénoménal de « Chante ! » en chiffres
| Année | Titre | Ventes approximatives | Classement France |
|---|---|---|---|
| 1982 | Chante ! | 1 900 000 exemplaires | N°1 pendant 8 semaines |
| 1983 | Tape des mains | 800 000 exemplaires | Top 5 |
| 1982 | Le Rock de Nervis | 500 000 exemplaires | Top 10 |
2004, l’affaire qui envoie Bébert à la prison de Fresnes
En 2004, la carrière du chanteur prend un tournant judiciaire inattendu. Impliqué dans une affaire de recel de matériel de bureau volé à l’aéroport d’Orly entre 2002 et 2003, Bébert est jugé devant le tribunal correctionnel de Créteil.
Le préjudice est colossal : 50 tonnes de marchandises détournées, pour une valeur de plusieurs centaines de milliers d’euros. Dix personnes sont renvoyées devant la justice, dont le rockeur.
Lors de son audience, Bébert reconnaît les faits sans détour : « J’ai dû avoir une dizaine d’appareils entre les mains. Je savais très bien qu’ils étaient volés. Personne ne m’y a forcé ». Il précise toutefois n’avoir jamais pensé participer à un trafic organisé de grande ampleur.
Le 9 juillet 2004, il est condamné à deux mois de prison ferme et 10 000 € d’amende. Les autres prévenus écopent de peines allant de trois mois avec sursis à deux ans ferme.
Bébert à Fresnes, « Personne n’est venu m’emmerder »
En 2018, dans une interview accordée au Parisien, Bébert revient sur ces deux mois passés à la maison d’arrêt de Fresnes avec une philosophie toute personnelle :
« C’était une erreur de jeunesse. J’ai toujours fréquenté des marlous, des marginaux. Pour la même histoire, un mec lambda serait sorti après 48 heures de garde à vue. Moi, on m’a mis à Fresnes. J’avais l’œil du tigre et j’ai jamais eu peur de rien. Personne n’est venu m’emmerder, ou si peu. »
Cette phrase, devenue culte auprès des fans, résume parfaitement le personnage : un homme entier, sans filtre, qui assume ses erreurs mais refuse de se laisser impressionner, même derrière les barreaux.
Comparaison des peines dans l’affaire d’Orly (2004)
| Prévenu | Rôle | Peine prononcée |
|---|---|---|
| Bébert (Albert Kassabi) | Recel simple | 2 mois ferme + 10 000 € |
| Prévenu n°1 | Organisateur principal | 2 ans ferme |
| Prévenu n°5 | Complicité | 8 mois ferme |
| 4 autres prévenus | Recel | 3 à 6 mois avec sursis |
L’après-prison, Bébert reste une icône populaire
Loin de briser sa carrière, cet épisode judiciaire renforce paradoxalement la légende Bébert. Le public, qui l’a toujours perçu comme un « grand frère » un peu voyou mais sincère, continue de remplir les salles lors des tournées des Forbans.
Jusqu’à ses derniers concerts, il interprétait « Chante ! » avec la même énergie communicative, provoquant invariablement des pogos géants et des chorales spontanées dans le public.
Dès l’annonce de son décès le 25 novembre 2025, les messages d’affection se sont multipliés :
- Michel Papain (batteur des Forbans) : « Bébert était le cœur battant du groupe. Il va terriblement nous manquer. »
- De nombreux artistes français des années 80-90 lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux.
- Les fans, eux, partagent en boucle la vidéo de « Chante ! » et la phrase « Personne n’est venu m’emmerder ».
De la gloire des années 1980 aux deux mois de Fresnes, en passant par des décennies de concerts inoubliables, Bébert a vécu à 200 à l’heure, sans jamais tricher ni renier qui il était.
Au-delà des tubes et des frasques, c’est surtout l’image d’un homme authentique, généreux et profondément humain qui reste. Le rock’n’roll français est orphelin, mais ses chansons continueront de faire danser des générations entières.
Repose en paix, Bébert.
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